“Vinci avait raison”  revu par Maxime Pistorio: mais qui donc sème la merde partout ?

Maxime Pistorio s’attaque avec audace à la pièce à scandale de Roland Topor.

Benoît Pauwels, Elisabeth Wautier et Maïa Aboueleze dans “Vinci avait raison”.
Benoît Pauwels, Elisabeth Wautier et Maïa Aboueleze dans “Vinci avait raison”. ©Bartolomeo La Punzina

La pièce la plus odieuse, la plus bête, la plus dégueulasse qu'il m'ait été donné de voir […] Il faut que vous sachiez que cette belle saloperie est consacrée à la m***e. Excusez-moi. C'est ainsi." C'est en ces termes outrés qu'un journaliste du Peuple décrit la pièce Vinci avait raison lors de sa création en 1976 au Théâtre de Poche. L'affreux coupable de cette farce ? Roland Topor (1938-1997), dessinateur, peintre, écrivain, poète, chansonnier, metteur en scène, acteur et cinéaste français. Pour celles et ceux dont cette série télévisée a bercé l'enfance, c'est à lui, et Henri Xhonneux, que l'on doit Téléchat, parodie du JT présentée par deux marionnettes, un chat et une autruche.

Quarante-cinq ans plus tard, Maxime Pistorio, 37 ans, a le cran de s'attaquer à cette pièce inconvenante, dérangeante mais follement grinçante. L'histoire ? Les Moreau, Alain (Benoît Pauwels) et Colette (Elisabeth Wautier), ont convié un couple d'amis, Guy (Thomas Demarez) et Josette (Maïa Aboueleze) Boulin, pour un weekend dans leur maison de campagne. Mais, problème, les toilettes sont bouchées ! En attendant le plombier, Alain, excédé, se résigne à "aller farfouiller dans la merde […] Léonard de Vinci avait raison : il y a des gens qui ne laisseront d'eux que des latrines pleines". Les Boulin débarquent. Guy a des coliques. Pour se soulager, il peut emprunter les toilettes des voisins. La soirée se passe gentiment. Mais, au moment de passer à table, horreur !, un gros étron gît sur la nappe ! Puis ce sont une vingtaine de "paquets" qui vont être abandonnés un peu partout dans la maisonnée. Qui est le coupable ? "L'ennemi est à l'intérieur et sème la merde partout !", ne décolère pas Alain. Avec Guy, son collègue de police, ils vont mener l'enquête. Serait-ce Inge (Amélie Saye), la jeune fille au pair ? Ou Robert (François heuse), le jeune fils ? Tout le monde est suspect…

Drôle, cocasse et acerbe

Remettre Topor sur le devant de la scène, c'est risquer de méchamment se prendre les pieds dans le tapis, car, si les mœurs ont évolué depuis 1976, le propos n'en demeure pas moins scatologique. Et pourtant, Maxime Pistorio réussit, sans édulcorer le texte, à en faire une pièce drôle, cocasse et acerbe, pied-de-nez à une frange de la société engoncée dans ses convenances bourgeoises et moralisatrices. Usant des ressorts du vaudeville, Vinci avait raison est servi par une truculente brochette de comédiens, qui, tous, jouent le jeu à fond, sans verser dans l'hystérie. La scénographie raffinée de Sylvianne Besson contraste avec l'indélicatesse du récit, ce qui permet d'équilibrer l'ensemble. Le public peut ainsi digérer la pièce sans être trop incommodé.

--> Bruxelles, Les Riches-Claires, jusqu’au 26 novembre. Infos et rés. au 02.548.25.80 ou sur www.lesrichesclaires.be

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