Daniel Hanssens: "On laisse crever le théâtre non subsidié. C’est lamentable !”

Daniel Hanssens, directeur de La Comédie de Bruxelles, déplore le manque d’aides financières au secteur privé.

Comédien, auteur et metteur en scène, Daniel Hanssens est aussi directeur de La Comédie de Bruxelles.
Comédien, auteur et metteur en scène, Daniel Hanssens est aussi directeur de La Comédie de Bruxelles. ©Bernard Demoulin

Comédien, auteur, metteur en scène confirmé et de talent, Daniel Hanssens est aussi producteur et directeur de La Comédie de Bruxelles, entreprise culturelle privée qui organise et diffuse des spectacles. S'il se définit volontiers comme d'"un naturel optimiste", aujourd'hui, après des mois de crise sanitaire éreintants pour le secteur culturel, il confie, sans détours, être "épuisé". Épuisé par "ces yoyos, ces gens qui ne savent pas prendre de décisions, qui ne savent pas gérer, qui n'y connaissent rien, qui se contredisent… Cela devient insupportable ! Et plus encore par le fait que nous ne sommes pas aidés", fustige-t-il.

"Je suis ravi que le théâtre subventionné soit bien aidé. C'est magnifique. Mais, pour tous les autres(la culture indépendante ou non subsidiée, c'est-à-dire dont le seul revenu provient de la billetterie, NdlR), c'est vraiment lamentable. Ça veut dire 'Crevez ! On n'en a rien à cirer !'" Or, environ 70 % du public assiste à des spectacles issus du secteur… privé.

Au cœur de la crise du Covid, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) a bien apporté "un soutien financier exceptionnel" (3 millions d'euros répartis en deux appels) aux opérateurs non subsidiés, sous la forme de subventions allant de 7 500 à 15 000 euros. "Mes frais fixes s'élèvent à 13 000 euros par mois. Qu'est-ce que je peux faire avec un tel montant ?", se désole le patron de La Comédie de Bruxelles. "On est face à un tsunami, alerte-t-il encore. Et, face à un tsunami, on ne demande pas aux gens s'ils sont privés, employés… On aide tout le monde. Mais, ce n'est vraiment pas le cas. Oui, on a eu le droit passerelle, le chômage pour les employés, etc. Mais je continue à avoir des frais fixes. Fabriquer un décor, faire la promo, avoir des bureaux, etc., ça coûte cher".

Nouvelles restrictions en vue

Si la saison 2020-2021 a pu reprendre dans des conditions quasi "normales", les innombrables remous du Covid (distanciation physique, port du masque, CST ; crainte d'une partie du public de la proximité ; perte de motivation pour re-sortir de chez soi le soir ; etc.) ont indéniablement affecté la fréquentation des salles de théâtre. Et, vu l'emballement de la situation sanitaire, le Codeco de ce mercredi n'augure rien de bon. "De nouvelles restrictions – distanciation sociale entre les spectateurs et port du masque obligatoire – vont peut-être être annoncées, s'inquiète Daniel Hanssens. La pièce que je produis,Venise sous la neige, une comédie de Gilles Dyrek, sera en tournée dès ce vendredi. Or, cela représente un boulot colossal de replacer les spectateurs. Puis, c'est anxiogène. Est-ce que les gens vont continuer à réserver des places malgré tout ?" Et d'ajouter : "Moi, il me faut un minimum pour pouvoir équilibrer mon budget. Devrais-je devoir dire aux comédiens qu'on arrête de nouveau ? C'est insupportable, pour les nerfs et les finances !"

“Il n’y a peut-être pas de solution”

Dans le métier depuis plus de 30 ans et directeur de La Comédie de Bruxelles depuis 2004, Daniel Hanssens veut encore y croire. "Il faut être prudent, vigilant, mais il ne faut pas oublier de vivre !", défend-il. Alors, il continue d'organiser des spectacles et d'assister aux répétitions de Venise sous la neige. "C'est une histoire très drôle et surprenante, un dîner qui va voler en éclats, avec les comédiens Laure Godisiabois, Christel Pedrinelli, Frédéric Nyssen et Marc Weiss. Je suis convaincu que le public va s'y retrouver."

Appels, mails, courriers…, Daniel Hanssens ne ménage pas sa peine pour tenter de trouver des solutions, "comme je l'ai toujours fait dans ma vie", pour garder la tête hors de l'eau. "Mais il y a un moment où l'on se dit qu'il n'y a peut-être pas de solution. Puis, ça ne sert à rien de se battre contre des moulins", confie-t-il. Faute d'aides, "je ne retire plus de ma tête – avant, je m'y refusais –, l'idée de devoir, à un moment, arrêter parce que je n'aurai pas le choix. Tout ce que j'ai investi dans La Comédie de Bruxelles depuis 2004, tout le travail que j'ai fourni et que je fournis encore à beaucoup de gens, c'est un rêve qui devra peut-être s'éteindre. C'est terrible !"


--> “Venise sous la neige” est en tournée du 19/11 au 31/12, notamment au Centre culturel d’Auderghem du 30/11 au 4/12 et au CC d’Uccle du 18/12 au 31/12. La représentation du 21/12 sera dédiée aux soignants et celle du 24/12 sera offerte aux plus démunis. Infos et rés. au 02.560.21.21 ou sur www.comediedebruxelles.be