"La Grotte" ou la matière noire de la mémoire, des énigmes d’autrefois au mystère de soi

Avec Marthe Wetzel et Noémie Zurletti, Clément Papachristou sonde les absences d’hier au présent. Au Varia puis au Théâtre de Liège.

Noémie Zurletti, alias Adeline, guide et chercheuse en paléontologie, dans la scénographie astucieuse de Lucie Gautrain.
Noémie Zurletti, alias Adeline, guide et chercheuse en paléontologie, dans la scénographie astucieuse de Lucie Gautrain. ©Lucie Gautrain

C’est l’histoire de deux sœurs, et d’une double quête. Histoires d’art et histoire de l’art.

Dans l’obscurité du sous-sol, une jeune femme entraîne le public à sa suite, à la rencontre des gravures laissées, il y a 30 000 ans, par des femmes et des hommes sur les parois de la grotte de Lacombe. Guide et chercheuse, elle détaille et explique, suggère et révèle.

Dans l’obscurité du sous-sol, une jeune femme cherche l’interrupteur et va fourrager dans les cartons entreposés là, cherchant des souvenirs, des vestiges du passé, de la matière potentielle pour ses créations.

Adeline (Noémie Zurletti) est guide et chercheuse en paléontologie. Judith (Marthe Wetzel) est artiste contemporaine. C’est là, dans la cave de la maison familiale, à la mort de leur mère, qu’ont lieu leurs retrouvailles.

Secrets et fantôme

Les deux actrices ont coécrit avec Clément Papachristou la pièce que celui-ci met en scène – avec l'assistance dramaturgique de Salim Djaferi. S'offrant des détours vers la conférence ou le soliloque, les deux parcours s'entrelacent, avec pour points de jonction la famille, le lien (distendu) entre les sœurs, les objets du passé, les secrets – et un fantôme.

Mais aussi le dessin, le tracé, celui que des femmes et des hommes ont posé sur les parois des grottes il y a 30 000 ans ; celui que des enfants, de tout temps, couchent sur du papier, jusqu’aux créations artistiques actuelles.

Avec ses univers parallèles (subtilement suggérés par la scénographie et les accessoires de Lucie Gautrain, les lumières de Nathanaël Docquier, le son de Marcos Vivaldi), La Grotte fait usage du papier-calque pour inventorier, répertorier, pour chercher l'intention en deçà du tracé. De même que reproduire un geste de l'art pariétal permet, par l'expérience, de saisir une parcelle de l'être lointain qui, un jour, l'a produit.

Effacement, altérité, reconnaissance

C'est une histoire d'énigmes d'autrefois et de mystère de soi, aujourd'hui. Une histoire d'absence, d'effacement, d'altérité, de reconnaissance. C'est une ode à la recherche –historique, scientifique, artistique, intime. Un plongeon dans la matière noire de la mémoire et de l'humanité. Où l'on comprend, avec ces deux jeunes femmes, leurs certitudes et leurs doutes, que si "fouiller, c'est prendre le risque que tout s'effondre", c'est aussi la condition d'une nécessaire réflexion, d'une possible reconstruction.

Clément Papachristou signe avec La Grotte un objet qui tangue – sans chavirer – entre une naïveté fragile et la profondeur de cette quête : l'équilibre délicat du savoir et du sensible, de l'absence au présent.

  • Bruxelles, Petit Varia, jusqu'au 20 novembre, à 20h – 02.640.35.50 – www.varia.be
  • Liège, Théâtre (salle de l'Œil vert), du 23 au 27 novembre, à 20h (mercredi et samedi à 19h) – 04.342.00.00 – www.theatredeliege.be

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