“Salutations Minstinguettes” ou les avatars du Boléro

Ces jeudi 16 et vendredi 17 au 140, un rendez-vous à ne pas manquer avec Stéphanie Auberville et l'histoire de la danse.

“Salutations Minstinguettes” ou les avatars du Boléro
©Maria Dermitzaki

Concordance de circonstances et laboratoire jubilatoire : voilà le cadre de la pièce longuement mûrie par Stéphanie Auberville. De l'observation des effets du sexisme dans la pratique de l'art (femmes invisibles, male gaze…) à une plongée aux sources du Boléro – la commande à Ravel d'Ida Rubinstein et sa création en 1928, les trois versions de Béjart jusqu'à celle qui ira jusqu'à crever l'écran chez Lelouch –, Salutations Mistinguettes s'offre comme une conférence dansée étayée de données précises que la chorégraphe et danseuse porte avec humour et une sensibilité de chaque instant.

En fait partie cet "accordage" que l'artiste met en œuvre avec le public : une humilité, une rigueur documentée, un travail sur les codes à ajuster de part et d'autre. "Je crée des petits endroits où les regards se déposent, afin qu'on puisse cheminer ensemble", confie-t-elle.

La distance, la précision, le temps

Du corps et du verbe, elle crée ainsi une contextualisation du propos où l’esthétique, l’histoire et le présent entrent en dialogue.

À la voir, à l'entendre, on reconnaît le connu, on apprend et on creuse. On comprend avec la performeuse que "l'esthétique c'est aussi de la pensée, de la politique, ça veut dire qu'on est d'accord sur certaines valeurs. Arriver à prendre de la distance, regarder clairement, précisément, de quoi sont faites ces valeurs, ce qu'elles excluent, c'est un travail qui prend du temps et qui me passionne." Un travail dont la transmission dramaturgique et sensible nous passionne en miroir.

Montrée au printemps dernier à huis clos à la Raffinerie, la pièce ici doit s'inscrire sur le plus vaste plateau du 140. "Jusqu'où étirer pour que ça reste ce que je veux ; tout réorganiser pour conserver les mêmes sensations, la même proximité" : un défi que Stéphanie Auberville relève avec joie et fierté.

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