“Ether/After” : le plein, le vide et leurs interstices

La compagnie [E]Utopia livre son chœur aux Tanneurs dans ce nouvel opus d’Armel Roussel. Une mosaïque.

Uiko Watanabe dans son monologue avec les "fantômes" de ses camarades, éloge de la danse et de l'amour.
Uiko Watanabe dans son monologue avec les "fantômes" de ses camarades, éloge de la danse et de l'amour. ©Camille Sultan

Découvrir dans la même semaine deux opus aussi différents que Don Juan, visit now ! et Ether/After fait affleurer leurs points d'intersection : un air du temps où le théâtre puise les sujets de sa propre interrogation.

Malmenées depuis près de deux ans, les conditions de création et de représentation figurent au centre du nouveau spectacle d'Armel Roussel, qui aura connu une gestation allongée de douze mois, lui dont l'éclosion était programmée pour janvier 2021.

Assumer la porosité entre fiction et réalité

"La fiction est pour moi davantage en dehors du théâtre que sur le plateau", affirme le metteur en scène, pour qui il s'agit dès lors de "trouver le juste équilibre entre les deux", d'assumer la porosité entre fiction et réalité. "On joue autant avec la vie, que la représentation de la vie, que la représentation de la représentation."

Le tout mis en abyme dans une sorte d'allégorie qui convoque le plein et le vide : un théâtre abandonné où une troupe – qu'ont quittée le metteur en scène et l'acteur principal – répète le spectacle prévu (Baal) avec pour toute indication les notes laissées par le directeur déserteur.

Référence sans révérence

De même que peu de Molière subsiste dans la création de Pascal Crochet aux Martyrs, c'est en filigrane qu'apparaît la pièce de Brecht dans Ether/After. Dans les deux cas, la référence s'affranchit de toute révérence pour labourer les terrains du présent. Du social et de l'intime, de la raison et de l'émotion, de l'identité et de l'engagement.

Tout aussi large ou presque, la distribution ici inverse le ratio hommes-femmes, tandis qu’est également abordée la question de leur relation, des rapports de force et de domination.

Ether/After [E]Utopia
©Camille Sultan

Avec Habib Ben Tanfous, Yoann Blanc, Romain Cinter, Clémentine Coutant, Pierre Gervais, Amandine Laval, Jarmo Reha, Lode Thiery, Uiko Watanabe – et la participation de Tom Adjibi en vidéo –, Armel Roussel a bâti un spectacle composite, un chœur battant au cœur de la salle des Tanneurs destructurée.

Ce jeu sur les espaces (et en partie sur les écrans) se double d’une subtile gestion du temps scénique, où la profusion s’agence entre déploiement et dépouillement, pour célébrer dans toute son ambiguïté – désir et peur mêlés – le temps revenu d’être ensemble.

  • Bruxelles, Tanneurs, jusqu'au 22 janvier.
  • Focus sur la Cie [E]Utopia : soirée composée avec "Feu de camp" (19 et 22/1), "Dernières visions" (21 et 22/1).
  • Reprise de "Long live the life that burns the chest" du 27 au 29/1.
  • Infos, rés. : 02.512.17.84 – www.lestanneurs.be

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