Au commencement était le vide, puis s’y engouffra la danse

L’Absolu Théâtre crée au Boson “À-vide”, une performance poétique et métaphysique.

Sur le plateau du Boson, deux silhouettes. L'une, c'est Charlotte (Simon). L'autre, c'est Jérôme (Paque). Elle tient, serré contre sa poitrine, un jerrican. Lui, guitare à la main, allume un briquet. Leurs regards se cherchent, se croisent. Elle hésite, bredouille. Elle ne sait pas "par quoi commencer". Alors, elle danse. Timide, indécise. La guitare vibre. Ses mouvements sont nerveux, saccadés puis se délient peu à peu. Elle tente un "Bonsoir" à l'adresse du public. Elle sent "battre la peur dans son ventre". "Avoir la parole au théâtre, c'est terrible", avec "tout ce vide au plateau".

Sonder l’impalpable, labourer le néant du moi

Fondé en 2019, L'Absolu Théâtre réunit quatre jeunes artistes : Aurélien Dony, poète, auteur, metteur en scène, comédien et chanteur ; Charlotte Simon, comédienne et danseuse ; Jérôme Paque, musicien ; et Nathalie De Muijlder, assistante à la mise en scène. Ensemble, ils œuvrent à "un théâtre d'un genre nouveau", où, définissent-ils, "le texte, dans sa puissance poétique, s'allie à la spontanéité du jeu, à la liberté et la singularité des interprètes, à l'élan qui nous pousse, nous autres jeunes créateurs, à rêver d'un espace ouvert aux explorations, aux errances, aux vertiges de toutes sortes".

Avec À-vide, écrit et mis en scène par Aurélien Dony, la petite équipe sonde l'impalpable – la peur –, plonge les mains dans le rien, laboure le néant du moi – "Qui suis-je ?", s'interroge Charlotte – tout en investissant l'espace physiquement, en comblant le vide : "C'est quelque chose, la danse, qui se nourrit du vide, confie-t-elle. J'ai découvert que le vide peut se danser et que le vide, ce n'est pas que la peur". Et des peurs, pourtant, elle en a : peur du noir, peur de l'absence, peur de mourir. Puis, ce vide la suit depuis toujours : elle a grandi "au pays du vide" – Péruwelz dans le Hainaut –, là "où il n'y a rien qui pousse". Alors, ce vide, ces peurs au ventre la bouffent. "Peut-être que j'en crèverai un jour ?", se demande Charlotte.

D’ombre et de lumière

Performance raffinée et métaphysique, À-vide tire toute sa beauté et sa vivacité d'un savant alliage entre l'écriture poétique et nerveuse d'Aurélien Dony, le jeu introspectif et franc de Charlotte Simon mêlé à une impeccable maîtrise chorégraphique, et la partition mélodieuse de Jérôme Paque. Chaque mot, chaque geste, chaque note trouve, en outre, un écho pictural, car ils sont habillés d'ombre et de lumière, tel un jeu de cache-cache entre le vide et le plein magnifiquement scénographié par Alissia Maestracci et Baptiste Wattier.

Le tout et le rien, la présence et l’absence, la vacuité et la plénitude, la parole et le silence, le moi et le nous… sont symbolisés, pour parfaire le tableau, par des petits sacs noirs en forme de poire suspendus au plafond. Tantôt Charlotte les fait se balancer tantôt elle les troue avec la flamme de son briquet pour que s’écoule le sable qu’ils renferment. Le vide n’est plus. La peur a disparu. Charlotte danse.

--> Bruxelles, Le Boson, jusqu’au 5 février. Des rencontres poétiques sont organisées après chaque représentation. Infos et rés. au 0471.32.86.87 ou sur www.leboson.be