L’ode d’ATDK à la lutte de toutes les Rosa

La rose rythmée par les "Sonates du Rosaire" de Biber.

L’ode d’ATDK à la lutte de toutes les Rosa
©Anne Van Aerschot

On peut mêler le mystique et la joie de danser, le mystère de nos vies et l'éclat de nos corps, la rose et ses épines. La preuve par le nouveau spectacle d'Anne Teresa De Keersmaeker, Mystery Sonatas/For Rosa, créé à Bruges avant de partir en tournée.

Un spectacle de 2h15, non sans quelques baisses temporaires de rythme, mais avec aussi nombre de moments sublimes de danse et de musique

Il se décrit en trois temps. D'abord, la musique avec les Sonates du Rosaire (de 1676) d'Heinrich Biber. Pour les violonistes, il est l'égal de Bach ayant créé un des cycles les plus originaux jamais composés pour le violon. Les quinze sonates sont divisées en trois parties (pour accompagner les trois chapelets du Rosaire), tour à tour joyeuse (l'Annonciation et l'enfance de Jésus), douloureuse (son Calvaire) et glorieuse (Résurrection et Assomption).

Sur scène, avec ses musiciens Gli Incogniti, Amandine Beyer démontre qu'elle est la meilleure interprète aujourd'hui de cette musique complexe nécessitant de changer de violon entre chaque sonate pour trouver les accords "volontairement désaccordés, ' scordatura '. " Nancy Huston dans un roman, parle de ces sonates en écrivant que "le d écalage inou ï entre les notes écrites et les sons produits, fait toucher à l'essence même du divin." Quand Amandine Beyer joue seule la dernière sonate, le temps semble suspendu à jamais.

Les lumières par Minna Tiikkainen sont fabuleuses et mystiques : un spot éclaire un grand ruban métallique et crée des ténèbres avec des faisceaux lumineux venus du ciel. Entre chaque sonate, un éclair éclate et, entre les cycles, on entend le tube country des années 70 de Lynn Anderson I never promised you a rose garden .

L’ode d’ATDK à la lutte de toutes les Rosa
©Anne Van Aerschot

Époustouflantes

ATDK voit dans la musique de Biber une invitation à danser. Si elle n’illustre pas les Mystères, on peut y trouver de discrètes allusions, y compris dans les changements des beaux costumes avec la chemise rouge sang, le blouson blanc du ressuscité, la robe bleue de la Vierge de l’Assomption.

Chez ATDK, la musique se mêle à une géométrie presque alchimique avec des triangles, pentagrammes et, en figure sous-jacente, la rose. Elle cite l'expression latine sub rosa (sous la rose) qui renvoie pour elle à " ce qui ne peut se dire mais qui peut se danser ".

On retrouve les mouvements qui lui sont chers : les sauts vers le ciel, les jetés à terre, l’horizontalité et la verticalité, de superbes mouvements à l’unisson, des solos, des moments dansés avec les vestes flottant au souffle du mouvement, la course folle ou la marche groupée quand, peu à peu, chaque danseur se détache comme les pétales d’une rose.

Elle a travaillé avec de très beaux jeunes danseurs d’où se détachent les époustouflantes Laura Maria Poletti et Mariana Miranda.

L’ode d’ATDK à la lutte de toutes les Rosa
©Anne Van Aerschot

La rébellion

Le troisième niveau est celui de Rosas, sa compagnie mais aussi toutes les Rosa qui n'ont pas seulement incarné la beauté, mais aussi la rébellion. Il n'y a pas de rose sans épines. Pour ATDK, le corps dansant devient ici le support d'un acte de résistance auquel incite la musique d'Heinrich Biber, dans sa complexité narrative et la richesse de sa virtuosité.

Elle dédie ce spectacle à ces Rosa, ces femmes résistantes : la peintre Rosa Bonheur, la révolutionnaire Rosa Luxemburg, l’activiste noire Rosa Parks, Rosa Vergaelen, son professeur de latin (!), et Rosa, une jeune activiste pour le climat de quinze ans, morte à Marcourt pendant les inondations de juillet 2021.

Encore le 5 mars au C-Mine de Genk et ensuite en tournée à Londres, Séville, La Haye,…