Éblouissant voyage par le Béjart Ballet Lausanne

La troupe de Gil Roman présente au Cirque royal une création inédite et deux ballets de Maurice Béjart.

En février 2020, juste avant que la pandémie ne vienne chavirer nos vies, le Béjart Ballet Lausanne (BBL) émerveillait le public à Charleroi avec une création originale transcendant les codes du théâtre, du cinéma et de la danse : Dixit. Un spectacle-hommage à Maurice Béjart (1927-2007) scénarisé et mis en scène par le Belge Marc Hollogne à partir d'extraits des chorégraphies les plus emblématiques de Béjart (Le Sacre du Printemps, La IXe Symphonie…) ainsi que de deux créations de Gil Roman, directeur artistique de la compagnie (Syncope et Tous les hommes presque toujours s'imaginent, alors fraîchement créé à Lausanne en avril 2019).

Sur la musique de John Zorn

Dans le sillage de Dixit, il était prévu que le BBL puisse présenter, l'année suivante, au Cirque royal, Tous les hommes presque toujours s'imaginent dans sa version complète, mais la crise sanitaire en a décidé autrement… Jeudi, c'est donc avec une joie non dissimulée que les spectateurs ont enfin pu découvrir en première partie de soirée ce ballet inédit conçu par Gil Roman, avec la complicité de Marc Hollogne pour la conception des vidéos.

Entièrement réglé sur la musique du compositeur et multi-instrumentiste américain John Zorn, ce spectacle aura nécessité un travail de longue haleine – deux ans – pour éclore sur scène. Depuis New York, le musicien a, en effet, consenti à ce que soient repris une dizaine de ses morceaux, à la stricte condition qu’aucun ne soit coupé et/ou réarrangé. Une contrainte de taille ! Pas de quoi toutefois décourager Gil Roman, féru de Zorn, qui a pensé son ballet comme un voyage, musical au travers de l’œuvre de l’artiste ; physique et spirituel, entre terre et mer, réalité et fantasme, désir et rejet, amour et solitude, au travers de la danse.

"Tous les hommes presque toujours s'imaginent"
"Tous les hommes presque toujours s'imaginent" ©BBL-Marc Ducrest

Au milieu de la scène s'érige un mur immaculé, rempart entre deux êtres, entre deux mondes. On devine une naïade et un naufragé, magnifiquement interprétés par Jasmine Cammarota et Vito Pansini. Au rythme de Zorn jaillit toute l'excellence de la troupe. Depuis plus de dix ans, Gil Roman préserve et cultive sans relâche la rigueur de Béjart, que ce soit dans les ballets qu'il remonte ou ses propres créations : la technique de sa trentaine de danseurs est impeccable, les ensembles parfaitement maîtrisés et synchronisés sans jamais figer l'interprétation. Mais, avec Tous les hommes…, Gil Roman ose sortir de l'ombre du maître : il explore le mouvement sous un jour nouveau, avec des pas et gestes très graphiques, angulaires, répétitifs ou, au contraire, très amples, sensuels,…, s'affranchissant des codes béjartiens.

L’exotisme de la Grèce et le “Boléro”

Le Belge Gabriel Arenas Ruiz dans "Sept danses grecques".
Le Belge Gabriel Arenas Ruiz dans "Sept danses grecques". ©BBL-Gregory Batardon

Après l'entracte, l'invitation à s'évader se poursuit avec Sept danses grecques. Imaginé par Béjart en 1983, ce ballet marie l'élégance et la technicité de la danse classique – tunique et chaussons pointes pour les filles ; collants pour les garçons – à l'exotisme de la Grèce (la musique est signée Mikis Theodorakis). Le voyage s'achève en apothéose avec le mythique Boléro (1961), dansé ici par la fabuleuse Elisabet Ros (en alternance avec le danseur étoile italien Roberto Bolle). Électrisé, ébloui, le public est debout.

--> Bruxelles, Cirque royal, jusqu’au 20 mars. Infos et rés. sur www.gracialive.be

--> Le BBL sera au Stadschouwburg d’Anvers du 25 au 27 mai 2023. La vente des places débute dès ce 21 mars sur www.gracialive.be