L'Up festival s'achève au sommet de la piste

Final en beauté et sous un soleil plus que printanier de la 17ème édition de l’Up festival.

Laurence Bertels
L'Up festival s'achève au sommet de la piste
©Valentin Boucq

Avec chaleur et ferveur, pendant 13 jours, le cirque contemporain s’est décliné sous toutes ses formes, un peu partout à Bruxelles, et a enthousiasmé tous les publics, en salle et sous chapiteau. Avec plus de 10.000 entrées, Up Festival confirme la place majeure de Bruxelles sur la carte circassienne internationale. Catherine Magis et Benoît Litt ne cachent pas leur joie.

Une belle revanche sur le covid et ses confinements, qui les avaient contraints, en mars 2020, d’annuler le festival quelques jours à peine avant l’ouverture.

Entre-temps, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, le nouvel espace de feu Catastrophe, rebaptisé Up Circus & Performing Arts, a été inauguré à Molenbeek et le festival a marché du tonnerre de Dieu.

Dernier tour de piste, dimanche 27 mars, à Up puis au Varia pour prendre la température et découvrir trois spectacles d'une belle diversité, l'introspectif Chat de Schrödinger par la Cie Back Pocket, le virtuose Low Cost Paradise par Cirque Pardi ! Et le poignant M.E.M.M. d'Alice Barraud, victime du Bataclan.

Prétexte avant toute chose, contrainte créative intéressante, Le Chat de Schrödinger installe Mikaël Bres et Aurélien Oudot dans un cube de plexiglas, signe d'enfermement, à l'image de ce chat dont on ne sait s'il sortira mort ou vif...

Une voix off nous rappelle - la bonne idée - les principes de l’expérience du physicien éponyme avant une première rencontre introspective et tout en silence entre les deux artistes, danseur et contorsionniste, qui ont directement trouvé le juste tempo et installé une complicité avec le public, une atmosphère de respect et d’exploration.

Peu à peu, jeux de lumières et musiques classiques, jazz ou contemporaines, portées par la gravité du corps du violoncelle, accompagnent les artistes dans leurs périlleux arrière, sauts de chats, contorsions, duos dansés ou échanges humains.

Les deux compagnons de la Cie Back Pocket explorent leur rapport au sol et à l’espace, passant de l’opacité à la transparence des murs, de la prison imaginée à l’ouverture rêvée, le tout dans ce cadre imposant et léger, susceptible de fixer les limites mais aussi les possibles.

Toute fraîche, encore fragile par endroits mais néanmoins très prometteuse, cette nouvelle création, à la tonalité diamétralement opposée du précédent opus de la compagnie, La Vrille du chat, convainc, inspire et prouve la capacité des artistes à se réinventer.

Susceptible de se jouer aussi en extérieur, Le Chat de Schrödinger n'a sans doute pas fini de tourner en Belgique comme à l'étranger, qu'il soit mort ou vif.

Un "Low Cost Paradise" endiablé

L'Up festival s'achève au sommet de la piste
©circusögraphy

Autre temps fort de l'Up festival, Low Cost Paradise du Cirque Pardi !, qui s'est joué sous chapiteau du 24 au 27 mars. Acroportés, bascules, facéties, exubérances, virevoltes et trapèze de haut vol mêlé au théâtre et à l'ambiance cabaret, presque à la mode de Kurt Weill, pas une seconde d'arrêt ni d'ennui dans ce spectacle endiablé.

Ça bouge et claque dans tous les sens, avec un second degré de bon aloi, des artistes au caractère bien trempé, qui sont là pour divertir et épater le public, mais aussi pour lui rappeler que tout ne tourne pas aussi rond dans le monde que sur la piste.

Prises de risques incontestables, jonglage sur cycle ou avec guitare, focus sur le maquillage en coulisse et talons hauts vertigineux pour raconter l’envers et l’endroit du monde du spectacle, le Cirque Pardi ! continue de chanter, jongler et danser pour porter toujours plus loin le rêve collectif. Un intemporel presque incontournable.

Alice Barraud, du Bataclan à la voltige

L'Up festival s'achève au sommet de la piste
©Fabien Debrabandere

C'est Alice Barraud, blessée lors de l'attentat du Bataclan, qui met, quant à elle, un point final au festival avec M.E.M.M. ( soit "au mauvais endroit au mauvais moment", comme on le lui a fait remarquer) . Elle devait, selon ses médecins, abandonner le cirque. A force de volonté, de rééducation, elle a surmonté ses démons, est là, devant nous, debout, et prête à voltiger. L'humour sera au rendez-vous de ce dernier spectacle du festival Up. L'humour mais aussi la colère, la tristesse, la peur, la parano, les envies de suicide, toutes ces étapes liées à la reconstruction.

En mots, en gestes, en voltiges, en musiques nourries de jazz, Alice Barraud livre un témoignage précieux, touchant et poétisé de son combat dont vous pourrez lire notre interview ci-contre.