Dans les coulisses de "Casting Diva", l'un des nombreux spectacles 100% étudiants du festival Courants d'airs

La 16ème édition du festival Courants d'airs, organisé par le Conservatoire, aura lieu du 20 au 24 avril à Bruxelles.

Dans le cadre du festival Courants d'airs, rendez-vous annuel des étudiants et jeunes diplômés des écoles supérieures d'art de la Fédération Wallonie-Bruxelles, nous avons assisté à une répétition de "Casting Diva", un des 30 projets montés de A à Z par de jeunes artistes.

A l'intérieur du chapiteau installé dans la cour du Conservatoire royal de Bruxelles, nous retrouvons Estelle Renaud, Juliette Doummar, Mathilde Maurissan et Adélaïde Supiot. La pianiste Johanna Decloître, exceptionnellement remplacée au pied levé par Sébastien Heps, n'est pas présente mais sera bel et bien de la partie lors du spectacle. Même s'il est encore tôt, les quatre jeunes femmes présentes aux répétitions sont déjà à pied d'oeuvre. "Là, essaie de mettre un tout petit peu plus de souffle, que ça fasse un peu plus 'parlé' au début", demande Estelle, étudiante en théâtre et metteuse en scène du spectacle. "Plutôt comme ça?", demande l'une des étudiantes en chant lyrique en refaisant un bout de son morceau. "Oui, nickel".

"Tout n'est pas encore parfait car nous avons découvert le chapiteau hier pour la première fois", nous glisse Estelle. "Maintenant, on va faire un filage arrêté, c'est-à-dire qu'on va répéter en conditions réelles afin d'améliorer nos transitions et voir les endroits où ce n'est pas encore très fluide." La pianiste étant absente, c'est un autre étudiant en musique qui a la lourde tâche d'accompagner les chanteuses. Malgré tout, tout le monde trouve très vite ses marques. Et, malgré quelques couacs - un objet qui tombe durant une scène et une robe récalcitrante -, le résultat est déjà bluffant. Truffé d'humour, d’interprétations captivantes et de monologues qui sonnent très justes, le spectacle réussit parfaitement sa mission : déconstruire les stéréotypes autour du chant lyrique et le dépoussiérer aux yeux du public. "On voulait vraiment faire quelque chose qui n'est pas conventionnel", nous disent les étudiantes. Pari réussi!

Casser les stéréotypes autour de la chanteuse lyrique

"Le spectacle parle de trois jeunes femmes qui veulent réussir dans le milieu du chant lyrique, qui est un monde plein de clichés et d'obstacles", résume Estelle. Chacun des trois personnages incarne donc une idée reçue sur la chanteuse lyrique. Il y a celle qui a un caractère de diva, celle qui doit toujours renvoyer une image parfaite, qui doit être épilée et correspondre aux normes, et celle qui doit rester jeune à tout prix. "Il y a des traits autobiographiques dans chaque personnage, même si on pousse ces traits à l'extrême pour les besoins du spectacle", appuie Mathilde, une étudiante de 33 ans, qui a quitté le monde de la finance pour s'inscrire au Conservatoire. "Mon personnage, par exemple, est une trentenaire très angoissée qui n'a pas confiance en elle. Il faut savoir que dans les concours de chant lyrique, parfois, en tant que femme, on ne peut déjà plus se présenter au-delà de 26-28 ans. C'est la date de péremption. On essaie donc de dédramatiser les attentes liées à la chanteuse lyrique, que ce soit dans le milieu ou dans la société."

En se confiant sur leurs peurs et leurs rêves dans une réalité qui peut parfois paraître impitoyable, les jeunes femmes veulent donner une autre image de la chanteuse lyrique, loin de la soliste à la longue robe que l'on peut imaginer. "Il y a plein de possibilités de carrière et de choses à créer dans le chant lyrique", estime Mathilde. Toutefois, cet art "effraie" encore le grand public. "Et c'est ce qu'on veut éviter. Avec Casting Diva, on a vraiment voulu casser ce quatrième mur qui éloigne le chant lyrique du public", explique Estelle. "Par exemple, dans notre spectacle, elles ne font pas que chanter, elles s'expriment avec leur voix parlée. On a aussi fait en sorte de travailler la voix pour qu'elle ne soit pas trop lyrique et que ça paraisse moins étranger au public." De cette façon, les étudiantes peuvent s'adresser à tout le monde... y compris aux autres étudiants. "Quand on se demande comment trouver sa place en tant qu'interprète dans le milieu artistique, comment amener plus d'humanité dans ce qu'on propose sur scène, je pense que ça touche tous les étudiants en art dramatique. Cela parlera aussi particulièrement aux futurs pianistes étant donné que Johanna a un rôle parlé où elle déconstruit également les clichés autour de ce métier", conclut Estelle.

Une expérience incomparable pour les étudiants

En tant qu'étudiantes, participer à un tel spectacle permet d'acquérir plus d'expérience. "Tu imagines des choses, tu les écris. Tu te découvres des capacités. ça te permet de mettre un pied à l’étrier", note Mathilde. Les jeunes femmes ont en effet monté leur projet de A à Z, sans aucune aide. Bien sûr, elles sont appuyées par le Conservatoire, mais aucun professeur ne s'est immiscé dans le processus créatif ou ne les aide pour le côté technique.

"Grâce au festival, les jeunes apprennent à être créatifs, autonomes. C'est l'une des meilleures expériences qu'ils puissent avoir", résume Pierre Pivin, le fondateur de Courant d'airs. "Les étudiants et jeunes diplômés peuvent développer un projet et le confronter au public. C'est d'autant plus important que pendant deux ans, le rapport avec le public a été chamboulé."

Après une édition en ligne, le festival Courants d'airs respire à nouveau. Cette année, les spectateurs pourront découvrir 30 projets portés par 270 jeunes de toutes les écoles francophones supérieures d'art. Et ce, dans plusieurs disciplines comme le théâtre, la musique, le cinéma, l'opéra et l'art de rue. Au-delà du chapiteau érigé dans la cour du Conservatoire, le festival se déploiera dans d'autres lieux comme le Musée des instruments de musique, l'hôtel de Ville de Bruxelles, le Parlement bruxellois, le Music Village ou encore sur la place de la Vieille Halle aux blés.

"Nous voulons que cet événement gratuit attire un public le plus large possible", conclut Pierre Pivin.

-> Pour assister aux spectacles, l'inscription (obligatoire) se fait à cette adresse.