Guy Pion : "Le théâtre dit de texte n’a plus la primauté"

Le comédien sera Arnolphe dans “L’École des femmes” au Théâtre du Parc dès ce jeudi 21 avril.

Comédien, Guy Pion est aussi le co-fondateur et le co-directeur du Théâtre de L'Éveil.
Comédien, Guy Pion est aussi le co-fondateur et le co-directeur du Théâtre de L'Éveil. ©Zvonock

Jeudi, 18 h. La journée tire doucement à sa fin pour le comédien Guy Pion, en répétition depuis tôt le matin. Quoique pas tout à fait à sa fin : "Je dois encore passer au maquillage puis faire quelques raccords", annonce-t-il tandis qu'il prend place devant une tasse de thé pour répondre à nos questions. Dès ce 21 avril, il sera, en effet, sur la scène du Théâtre royal du Parc dans un nouveau rôle d'envergure : Arnolphe dans L'École des femmes (1662) de Molière, mis en scène par Patrice Mincke.

Si ce spectacle devait être joué la saison dernière et a dû être reporté en raison du Covid, il ne s'insère que mieux dans cette programmation 2021-2022 puisque cette année marque les 400 ans de la naissance de Molière. Puis, "le discours qui est tenu dans L'École des femmes résonne fort à nos oreilles contemporaines, estime Guy Pion. Arnolphe, un homme assez âgé, a acheté une petite fille quand elle avait quatre ans. Il l'a fait élever dans un couvent pendant de nombreuses années, avec une seule règle : ne pas en faire une Précieuse, une intellectuelle, en la rendant la plus idiote possible. Ainsi le dit ce très beau vers : 'Votre sexe n'est là que pour la dépendance : du côté de la barbe est la toute-puissance'. Alors qu'au XVIIe siècle, c'était presque une normalité, Molière, lui, prend vraiment position pour les femmes. Je le disais, ce texte résonne, mais pas que pour les Occidentaux barbus ; cela concerne aussi les barbus de certaines civilisations…"

Une pièce en vers

Diplômé de l'IAD en 1971, Guy Pion débute sa carrière par un spectacle "ultra-contemporain", une comédie musicale off-Broadway, avant d'auditionner en 1972 pour jouer au Théâtre National dans Le Bourgeois Gentilhomme de Molière. "Molière est, effectivement, l'un de mes premiers auteurs classiques. Plus tard, en 1988, j'ai d'ailleurs rejoué cette pièce. Cette fois-là, j'interprétais le Bourgeois, se souvient-il. Alors, oui, j'aime Molière, mais pas plus qu'un autre dramaturge. En fait, j'ai toujours aimé le théâtre physique. Très vite, je me suis intéressé à la Commedia dell'arte. C'est ainsi qu'à la fin de mes études, j'ai eu la chance de suivre un stage de plusieurs mois chez Dario Fo en Italie. Et là, on est tout proche de Molière et de la Commedia".

Cela étant, s'il a joué Hugo, Tchekhov, Schakespeare, Brecht, Goldoni, etc., Guy Pion n'a pas "beaucoup touché à Molière". Après Le Bourgeois, il s'est glissé dans la peau d'Harpagon (L'Avare) au Parc, avant de s'imprégner des vers de L'École des femmes. "Un sérieux travail", sourit le comédien. "Nous sommes face à une langue qui date d'il y a 400 ans. Certains mots, tournures de phrase ou expressions sont parfois quasi incompréhensibles – nous avons fait quelques coupures. Il faut donc réussir à faire passer le sens du mot. Mais ce n'est pas propre aux pièces en vers. Il s'agit toujours de trouver les quelques mots à faire ressortir – à pointer, comme on dit – pour que le public comprenne."

La Belgique n'a pas à rougir de son offre de spectacles. Bien au contraire. Mais, "aujourd'hui, chez nous plus qu'ailleurs, observe Guy Pion, le théâtre dit de texte n'a plus la primauté. La danse, la performance ont pris un énorme essor. Donc, on a délaissé le théâtre de texte. Pour quelles raisons ? Culturelles ? Linguistiques ? Toujours est-il que ce n'est pas à ce point-là en France. Pourtant, le spectateur belge adore le théâtre de texte, mais il n'y a pas assez de théâtres qui prônent et proposent ça".

Des rôles de “méchants”

Le roi Richard (Richard III), Harpagon (L'Avare), Mr Scrooge (Le Noël de Mr Scrooge), O'Brian (1984), Arnolphe… – pour les plus récents : Guy Pion aurait-il un faible pour les rôles de "méchants" ? "Quand on prend en charge un personnage, quel qu'il soit, même s'il semble a priori une ordure, il faut toujours trouver quel est l'endroit où le public pourrait avoir un minimum de compassion pour lui, explique-t-il, c'est-à-dire comprendre pourquoi ce personnage agit comme cela".

Et de compléter : "En tant que co-fondateur et co-directeur du Théâtre de L'Éveil (qui co-produit notamment L'École des femmes, NdlR), ce qui m'intéresse, outre les personnages, ce sont les thématiques abordées dans les textes. Avec nos propositions, nous cherchons à ouvrir les esprits pour faire réfléchir. Et cela, à mes yeux, le texte y parvient mieux que le mouvement".

--> Bruxelles, Théâtre du Parc, du 21 avril au 21 mai. Infos et rés. au 02.505.30.30 ou sur www.theatreduparc.be

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