“Préparatifs” ou l’entre-deux dans le théâtre d’images de Pascal Crochet

Nourri du "Poids du monde" de Peter Handke, le metteur en scène aborde le groupe par le biais de la tentative.

Six personnages en quête de couleur.
Six personnages en quête de couleur. ©Marie-Christine Paquot

Six personnes cohabitant dans un même lieu : la sensation de déjà vu – quelques heures après Abri ou les casanier·e·s de l'apocalypse du Comité des fêtes – persiste avant de se dissoudre dans la radicale différence de traitement.

Pour clore son cycle de collaboration avec le Rideau de Bruxelles, Pascal Crochet (récemment aussi programmé aux Martyrs, et désormais associé à la gestion du Boson) voulait un spectacle qui raconte "l'idée de choses qui se préparent, multiples, dans une situation d'inconfort. Entre deux chaises, entre deux décisions".

Sous le titre à la fois banal et suggestif de Préparatifs, les personnages prennent possession d'un endroit, en éprouvent les dimensions, y déroulent un tapis, y testent des couleurs, y déballent des cartons. Comme à son habitude, le metteur en scène sculpte l'espace par le son (avec la complicité de Raymond Delepierre), la lumière (Florence Richard), des extraits de textes projetés – comme autant d'intentions affichées, surtitrant l'allégorie de ce théâtre fait d'abord d'images et de présences.

Profondeur, textures, couleurs

La scénographie d’Olivier Waterkeyn tire un beau parti du plateau du Rideau, jouant autant sur les dimensions, la profondeur, que sur les textures, les couleurs – comme celles dont le groupe examine les échantillons, dans l’idée de s’imaginer un avenir en bleu, en jaune, en vert.

“Préparatifs” ou l’entre-deux dans le théâtre d’images de Pascal Crochet
©Marie-Christine Paquot

Assisté par Stéphanie Goemaere pour la mise en scène, et par Anne-Rose Goyet pour le travail du mouvement, Pascal Crochet accompagne Sarah Devaux, Alexandre Duvinage, Thierry Lefèvre, Sarah Messens, Marie Phan et Charly Simon ("si c'étaient six autres personnes, ce serait un autre spectacle") dans des échanges parfois dialogués, souvent simplement articulés par le geste – y compris circassien –, le rapport des corps assemblés et distincts. Avec aussi ce gimmick très théâtral, presque scolaire, du regard ostensible, voire du doigt pointé, pour signifier l'attention de l'interprète et appeler celle du public. Le suggestif alors parfois devient démonstratif, au risque de menacer de grandiloquence ce théâtre d'atmosphère, tout en apparente simplicité et subtiles oscillations.

Avec cette sorte d'essai sur l'essai dont la création fut repoussée par la pandémie, Pascal Crochet tente une poétisation de l'être ensemble. Un questionnement irrésolu, en écho au "Est-il arrivé quelque chose ?" de Peter Handke.

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