"À ce qui manque", où Chloé Winkel convoque l’imaginaire au chevet de l’enfant endeuillée

Ambitieuse et symboliste, la première création de la comédienne fait cohabiter souvenirs et fantômes.

Océan Nord
©Michel Boermans

Quel fil tirer entre la mort d'une grand-mère, l'œuvre de Maeterlinck, la psychanalyse de Lacan ? Chloé Winkel – formée à l'histoire de l'art, à la musique et au théâtre, récemment vue dans le magnifique Éloge de l'altérité d'Isabelle Pousseur – tire et pousse son aiguille à travers une étoffe bigarrée. En ouvrant ce spectacle qui se révélera très visuel par une voix off, elle nous entraîne dans le passé : une histoire familiale d'exil et d'héroïsme.

Les temporalités bientôt vont se mêler avec toujours, en leur centre, cette grand-mère d’origine russe, femme de tempérament, figure de référence. Les lumières précises, quasiment picturales, de Rachel Simonin révèlent d’abord une table autour de laquelle se cristallise une attente. Silence grave et gestes lents. Dans la pièce d’à côté, la mort à l’œuvre va bientôt emporter Chacha.

Entourée de son père, de son oncle et de son papy presque aveugle, Ursule a une robe neuve qui tourne et des bougies à souffler. Un anniversaire qui bascule vers le choc primal de la perte.

D’une justesse confondante en fillette pleine d’élan et de chagrin, Chloé Larrère est entourée de Thomas Dubot, Boris Prager et Ghislain Winkel. Chloé Winkel, elle-même sur le plateau pour mettre en abyme le récit et à distance ce qui s’y joue, a confié à Fabrice Rodriguez le rôle fugace de Lacan, mais aussi celui de Chacha, ou plutôt de son fantôme. Avec sa haute silhouette accentuée de talons imposants, sa coiffe chatoyante, ses cigarettes et ses éructations, c’est en véritable personnage que paraît cette matriarche fantasque.

Structuré en tableaux (avec Irma Morin à la scénographie et Pauline Miguet aux costumes) où interviennent des figures historico-légendaires, tel ce Christ-crooner, À ce qui manque a été inspiré à Chloé Winkel par sa propre histoire et infusé de L'Intruse de Maeterlinck, pièce travaillée à la fin de son cursus à l'Esact. Ambitieux, le spectacle s'appuie – à l'excès parfois – sur le symbolisme pour souligner les questionnements fondamentaux qui l'habitent : comment un deuil vécu au sortir de l'enfance influe-t-il sur l'existence ? Qu'emportons-nous du passé dans le présent ? Peut-on devenir acteur, actrice de ses propres souvenirs ?

  • Bruxelles, Océan Nord, jusqu'au 7 mai, à 20h30 (le mercredi 4 à 19h30 ; bord de scène avec l'équipe artistique après la représentation).
  • En parallèle : "L'Intruse" de Maeterlinck, projet de classe du lycée Émile Max, les 5, 6, 7 mai. Fête de clôture de saison le samedi 7 mai dès 16h.
  • Infos, rés.: 02.216.75.55 – www.oceannord.org

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