Les hommes nus de dos de Nadia Beugré, les étudiantes en classe de Parnia Shams

De “L’Homme rare” à “Is” : objets et sujets en scène au Kunstenfestivaldesarts

“Danser nu ne m’intéresse que si cela me permet d’aller ailleurs que ce que l’on pourrait faire habillé”, déclare la chorégraphe Nadia Beugré.
“Danser nu ne m’intéresse que si cela me permet d’aller ailleurs que ce que l’on pourrait faire habillé”, déclare la chorégraphe Nadia Beugré. ©Reuben Pioline

"Les hommes ont tous en eux une féminité à travailler, à interroger, quelle que soit la définition qu'on veut lui donner", estime Nadia Beugré. Elle qui a consacré plusieurs pièces à des femmes libres et en lutte met en scène dans L'Homme rare un quintet masculin que l'on verra principalement de dos.

Artiste associée au Vooruit de Gand, à la Briquetterie de Vitry-sur-Seine, fondatrice de la compagnie Libr’Arts à Montpellier, la chorégraphe d’origine ivoirienne fait de ce parti pris l’outil d’un questionnement : que signifie montrer l’arrière des corps ? quelle frustration en découle ? comment contourner la contrainte de la frontalité ?

Ce “revers” ne s’imposera qu’après une intro follement joyeuse, où les interprètes déboulent dans l’amphithéâtre de la Balsamine sur un air de fête, entre clubbing et sarabande, entraînant le public dans la danse.

Vecteurs ludiques, matière sculpturale

Tenant du rituel autant que de la spontanéité, L'Homme rare (comme on dit terre rare, oiseau rare, objet rare…) déjoue le conditionnement de nos regards, choisit de célébrer la singularité plutôt que la virtuosité, et bat en brèche les formatages.

Surveillance rapprochée

Une fois de plus, on peut s'étonner et se réjouir des échos qui surgissent, inattendus, de spectacles aussi radicalement distincts que L'Homme rare et Is.

Ici, la salle du KVS Box englobe un parallélépipède reproduisant une salle de classe. Alignement de pupitres et tableau. Sacs à dos et cahiers. Élèves bavardant jusqu’à l’explication de texte. Nous voilà devant la représentation réaliste, naturaliste même, d’une réalité peu visible d’un point de vue occidental et pourtant ordinaire en Iran.

Les hommes nus de dos de Nadia Beugré, les étudiantes en classe de Parnia Shams
©Omar Ait Jaddig | RHoK

Mahoor, adolescente venue de Rasht, ville du nord du pays, est arrivée en milieu de semestre dans cette école privée de Téhéran. Son amitié avec une autre élève de la classe les fera repérer et convoquer par la direction...

Pour cette pièce créée en 2018, la jeune metteuse en scène et autrice Parnia Shams s’est entourée d’un groupe d’étudiantes en théâtre avec lesquelles elle a mené un processus d’improvisation et d’écriture de plateau. Le résultat – plusieurs fois primé à l’International University Theater Festival en 2019 – donne à sentir sans ostentation la permanence évanescente du contrôle, l’exercice de l’autorité, la surveillance rapprochée des élèves, en l’occurrence des jeunes filles. Et comment celle-ci, toute dématérialisée qu’elle soit, s’insinue au cœur de chaque relation.

Ce qui est montré, ce que l’on cache, ce que l’on choisit de regarder : le Kunsten à nouveau nous offre de questionner nos habitudes, nos sens, notre perception.

  • "L'Homme rare", jusqu'au 26 mai à la Balsamine.
  • Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles, divers lieux, jusqu'au 28 mai – 02.210.87.37 – www.kfda.be