Amour et désir selon Anne Teresa De Keersmaeker

Une de ses pièces historiques « Mozart/Concert Arias » est rejouée par l’Opera Ballet Vlaanderen.

Amour et désir selon Anne Teresa De Keersmaeker
©Filip Van Roe

Pour la première fois, Anne Teresa De Keersmaeker (ATDK) a transmis à l’Opéra Ballet Vlaanderen (OBV) une de ses pièces historiques, « Mozart / Concert Arias. Un moto di gioia » créée en 1992 dans la Cour d'Honneur du Palais des Papes au Festival d'Avignon. Jusqu’ici, seul le ballet de l’Opera de Paris avait eu cet honneur. Pendant plusieurs semaines, des danseurs de Rosas ont transmis à 15 danseurs de l’OBV les clés de ce long spectacle (plus de 2h).

C’était Gérard Mortier qui avait suggéré, il y a 30 ans, à ATDK de travailler sur Mozart. Elle a choisi des airs de concert et des pièces pour pianoforte, interprétés live sur scène à l’Opéra de Gand par les excellentes sopranos Emma Posman, Annelies Van Gramberen et Raphaële Green habillées de robe bleu nuit. Les chanteuses sont véritablement intégrées aux spectacles, embrassées par les danseurs, et même portées dans leurs bras.

Ces beaux arias de Mozart parlent de l’amour, de la séduction, du dépit amoureux. La différence entre la joie et la tristesse n’est jamais loin. Souvent filles et garçons sont séparés, se toisent, se désirant.

Amour et désir selon Anne Teresa De Keersmaeker
©Filip Van Roe

Dans cette célébration de l’amour et du désir, le seul décor est un grand plateau de marqueterie comme un parquet du Palais de Schönbrunn. La danse, faite de mouvements de groupe, de solo, de duos, suit la musique mais avec une indépendance jouissive et avec humour quand les danseuses se mettent à pleureur ou imitent les mouvements des animaux.

On mesure à revoir ce Mozart/Arias le riche chemin fait par ATDK vers des spectacles plus épurés. On n’était plus habitué à voir cette danse très narrative, plus théâtrale, avec des danseurs portant souvent des costumes d’époque mais qu’ils enlèvent souvent pour retrouver les plus emblématiques petites robes noires ou chemises blanches sur jambes nues d’ATDK.

Celle-ci devient artiste associée à l’OBV et devrait lui transmettre d’autres pièces historiques tout en restant bien entendu basée à Bruxelles avec Rosas. Elle donne d’ailleurs encore au Cirque Royal jusqu’au 26 juin sa dernière et splendide création, Mystery Sonatas qui mêle le mystique et la joie de danser, le mystère de nos vies et l'éclat de nos corps, la rose et ses épines avec des moments sublimes de danse et de musique autour des Sonates du Rosaire (de 1676) d'Heinrich Biber qui a créé un des cycles les plus originaux jamais composés pour le violon.

L’autre nouveauté est le virage pris par l’OBV depuis le départ de Larbi Cherkaoui il a choisi de ne plus avoir de chorégraphe à sa tête mais de travailler avec des « artistes associés » comme ATDK et comme Jan Martens qui présentera cette année sa dernière création Futur proche en cour d’honneur à Avignon.


« Mozart/Concert Arias », à l’Opéra de Gand jusqu’au 2 juillet (et encore le 26-7), à l’Opéra d’Anvers du 9 au 15 octobre, à Bruges les 5-6 novembre