Ils ont tout plaqué pour aller vivre dans les bois

Le festival d’humour “Il est temps d’en rire !” redéplie, dès le 2 juillet, ses transats sur la pelouse du lac de Genval. À voir ? La comédie “Les envies sauvages” de Céline Scoyer. Mais aussi de l’impro, un plateau d’humoristes théâtralisé ainsi que les shows de Guillermo Guiz, Fanny Ruwet, Cécile Djunga…

Dans la petite salle du Théâtre de la Toison d'Or (TTO), à Ixelles, la chaleur des jours précédents s'est accumulée. Du coup, "on est très contents de poursuivre les répétitions du spectacle Les envies sauvages dès demain, en plein air, à Genval", se réjouit Thibaut Nève.

Voici maintenant trois étés qu’il coproduit avec l’humoriste Dave Parcoeur le festival Il est temps d’en rire ! selon un concept unique et original : pendant une soirée, les spectateurs sont invités à prendre place dans des transats installés au bord du lac de Genval pour, les pieds dans l’herbe, et un verre (et/ou quelques tapas) à la main, assister à un spectacle d’humour.

Né à l'issue du premier confinement en 2020, en soutien aux secteurs culturel et de l'Horeca, le festival grandit et enrichit, depuis, chaque année sa programmation. En 2021, aux spectacles d'impro et plateaux d'humoristes s'était ajoutée une création théâtrale, la comédie Sex & Jealousy de Marc Camoletti, en coproduction avec le TTO. Et cet été ? La volonté d'intégrer une pièce de théâtre au décor naturel du site a été poussée d'un cran puisque Les envies sauvages de Céline Scoyer ont été réécrites pour se fondre totalement dans le paysage du lac de Genval tandis que les plateaux d'humoristes prendront une forme différente afin de dévoiler au public les coulisses du stand-up (lire ci-contre).

"Tu peux m'appeler Pissenlit"

En attendant de répéter, au grand air, dans le Brabant wallon, "nous allons, aujourd'hui, travailler sur l'arrivée de Pissenlit (surnom de l'un des trois personnages, NdlR)", annonce Thibaut Nève, qui met en scène Les envies sauvages. Sur le praticable installé au milieu du Little TTO, Thibault Packeu alias Romain tient fermement un balai de ses deux mains. "Il faut s'imaginer que c'est une perche avec un micro, nous précise, en riant, le metteur en scène. Dans l'histoire, il est un ingénieur du son qui est parti vivre dans la forêt, notamment pour réaliser des podcasts."

Sarah Dupré et Thibault Packeu sur le praticable, en pleine répétition au TTO.
Sarah Dupré et Thibault Packeu sur le praticable, en pleine répétition au TTO. ©Jean-Luc Flémal

En panique, Romain alerte sa compagne, Alice, jouée par la comédienne Sarah Dupré : "Il y a un type dehors ! Ça doit être un garde forestier", chuchote-t-il. "Ben, si c'est ça, on est foutus !", se désole Alice. On frappe lourdement à la porte. "On va lui causer. On lui explique pourquoi on est ici et on lui fait promettre de ne rien dire, se ressaisit-elle. On reste calme et tout ira bien ! C'est ça ou on peut dire adieu à notre projet." Le couple a, en effet, décidé de quitter le monde civilisé pour se reconnecter à la nature. Alice et Romain ont donc tout lâché pour venir vivre dans une cabane nichée au fond des bois. Ils laissent entrer leur invité surprise. Il refuse de donner son nom, "pour ne pas se faire repérer par les flics". Mais "tu peux m'appeler Pissenlit", suggère-t-il à Alice.

"OK. Très bien, les amis", intervient Thibaut Nève à la fin de la scène. Il rejoint la petite équipe sur le praticable. "Sarah, commente-t-il, tu peux vraiment appuyer sur 'causer' quand tu dis 'On va lui causer', car le sens, c'est que c'est le projet qui va suivre : vous allez parler avec Pissenlit, lui faire la conversation." Intonation, respiration entre les dialogues, placement sur le plateau, gestuelle..., chaque scène est ainsi passée au crible : il faut que tout soit parfaitement réglé d'ici au 2 juillet, date de la première.

Thibaut Nève (à gauche), le metteur en scène, dirige les comédiens des "Envies sauvages".
Thibaut Nève (à gauche), le metteur en scène, dirige les comédiens des "Envies sauvages". ©Jean-Luc Flémal

Un 3e personnage pour une nouvelle pièce

Créées en 2018 à l'Os à Moëlle, Les envies sauvages ont été reprises, dans leur première version, en 2019 aux Riches-Claires. Mais le Covid a mis un coup d'arrêt brutal aux possibilités de les rejouer. Alors quand Thibaut Nève, qui a monté la pièce dès sa création, s'est penché sur la programmation 2022 d'Il est temps d'en rire !, "je me suis dit que cette comédie cadrerait parfaitement avec l'écrin de nature de Genval, tant dans son histoire que dans l'aspect scénographique". À l'origine, la pièce comptait deux personnages sur scène (Alice et Romain). "Il y avait les prémices d'un 3e personnage, qui existait, mais qu'on ne voyait pas", poursuit-il, et j'ai proposé à Céline (Scoyer) de grossir ce 3epersonnage", Pissenlit, interprété par Jérémy Lamblot. "Le défi a été de créer un personnage qui tient la route et de lui donner une identité, explique l'autrice, ce qui a vraiment transformé le spectacle". "Ce 3e personnage a déplacé toute l'écriture, abonde Thibaut Nève, et il nous demande, à présent, de considérer l'œuvre de Céline comme une nouvelle pièce."

Sarah Dupré, Jérémy Lamblot et Thibault Packeu.
Sarah Dupré, Jérémy Lamblot et Thibault Packeu. ©Jean-Luc Flémal


“La météo est devenue une alliée”

Recréer Les envies sauvages pour le festival s'est également avéré "un challenge", confie Céline Scoyer. "Les spectateurs viennent pour se détendre, mais je crois qu'ils vont aussi être un peu bousculés, car j'aimais l'idée que tout un chacun ait déjà été confronté à cette envie : et si je quittais tout pour faire autre chose ? Surtout en ce moment. On a tous rêvé d'autre chose, d'une reconnexion à la nature." "Donc, estime-t-elle, s'asseoir dans un transat pour passer une bonne soirée et se retrouver confronté à ça, j'ai l'impression que ça peut produire quelque chose d'intéressant chez le spectateur."

Et ce d'autant qu'il y a, "et c'est rare au théâtre, une vraie volonté de réalisme", relève Thibaut Nève. "C'est-à-dire qu'on est vraiment dans la cabane d'Alice et Romain; on est dans ce monde qu'ils se sont inventé, en autarcie. Nous avons voulu pousser le détail et la crédibilité dans ce petit monde qui a l'air tellement parfait parce qu'ils ont pensé, prévu, imaginé, anticipé, etc. Puis, peu à peu, le vernis va craqueler." Le travail de scénographie (signé Sophie Hazebrouck et Laura Erba) révèle donc, ici, toute son importance, car "il ne se cantonne pas à la scène : il utilise la nature en faisant déborder le monde d'Alice et Romain sur tout le site".

Un réalisme poussé jusqu'aux caprices de la météo, avec lesquels tout festival en plein air doit jongler (solution de repli en intérieur, interruption, report...). Ainsi, Les envies sauvages pourront se jouer quasi par tout temps. "La pièce s'y prête totalement, se félicite Thibaut Nève, car les personnages doivent apprivoiser la nature, qu'il pleuve, qu'il vente. Ils ont froid, chaud, la goutte au nez; ils transpirent : c'est une invitation à utiliser la vérité fictionnelle pour traverser la météo. Avec ce spectacle, dramaturgiquement, la météo est devenue une alliée."

Les sept stand-uppers du spectacle "Stand-up, mode d'emploi".
Les sept stand-uppers du spectacle "Stand-up, mode d'emploi". ©DR


TROIS QUESTIONS À :

David Hellebrandt alias Dave Parcœur, humoriste et coproducteur du festival “Il est temps d’en rire !”

1/ Une autre nouveauté, cet été, est la création d’un spectacle sur mesure pour sept stand-uppers. Pourriez-vous nous en dire plus ?

En tant qu’humoriste, soit on présente son spectacle en entier, soit on participe à des plateaux d’humour. Ces plateaux sont un concept unique puisque ce ne sont jamais les mêmes humoristes qui sont invités. Et c’est rare qu’un public n’aime pas une soirée de plateau, car même s’il apprécie moins un artiste, il y en a toujours un autre qu’il aimera. Néanmoins, je trouvais dommage que, contrairement à un spectacle ou une pièce de théâtre qui se jouent plusieurs fois, on ne puisse pas faire marcher le bouche-à-oreille pour un plateau d’humoristes. Donc, j’ai eu l’idée de créer un spectacle sur mesure pour sept stand-uppers qu’on répéterait six soirs en août.

2/ Le spectacle s'intitule Stand-up, mode d'emploi. On découvrira donc les rouages du stand-up ?

Oui, l'idée est de conscientiser le public au stand-up, genre qui lui est encore parfois étranger. Nous sommes sept humoristes réunis pour cette création (Dave Parcœur, Lisa Delmoitiez, Sacha Ferra, Laetitia Mampaka, Nikos Ghiouleas, Juan Rodrigues et Lorenzo Mancini, NdlR). Chacun présente son seul en scène d'environ huit minutes. Mais, entre chaque passage, nous allons nous retrouver à deux ou trois sur scène pour expliquer ce qui se passe en coulisses, comment chauffer un public, ce qu'on gagne, quels sont les différents types d'humour, etc. On insuffle ainsi un peu de théâtre dans le stand-up. La mise en scène est d'ailleurs de Thibaut Nève.

3/ Outre des humoristes émergents avec Stand-up, mode d'emploi, le festival accueille aussi, depuis sa première édition, des têtes d'affiche.

Oui. Cet été, il y aura Guillermo Guiz, Fanny Ruwet, Cécile Djunga, Éric Boschman, Gérémy Crédeville et PE. Souvent, juillet-août est une période de vacances pour les humoristes. Mais, là, ils sont disponibles. Ils sont bien accueillis au festival, passent un bon moment et, du coup, ils se passent le message entre eux. C’est très positif tant pour eux que pour le public.

EN PRATIQUE

  • "Les Envies sauvages" de Céline Scoyer (coproduction avec le TTO). Du 2 au 30 juillet à 20 h.
  • La Ligue d'impro professionnelle avec deux spectacles pour un public familial : "Dis pourquoi ?" (2, 9, 23, 30 juillet et 20 et 27 août à 16 h) et "La Preuve par 4" (16 juillet, 13 août et 3 septembre à 16 h).
  • "Stand-up, mode d'emploi", un spectacle sur mesure pour sept humoristes. Les 19, 20, 21, 26, 27 & 28 août à 20 h.
  • Les grands noms de l'humour pour clore le festival (Guillermo Guiz, Fanny Ruwet, PE…). Août et septembre à 20 h.
  • Où ?Au lac de Genval, 87 avenue du Lac, à 1332 Genval.
  • Infos et rés. sur www.ilesttempsdenrire.be