Les grandes largeurs du Festival au Carré

Le rendez-vous estival montois, après deux ans d'éclipse, revient pour une édition 2022 où soufflent la fête et la nouveauté.

Le Festival au Carré sort du Carré des Arts et installe son QG sur le parvis du Manège.
Le Festival au Carré sort du Carré des Arts et installe son QG sur le parvis du Manège. ©David Bormans

Coordinateur artistique de Mars (Mons Arts de la scène), Philippe Kauffmann retrace avec nous l'évolution du Festival au Carré, pierre angulaire de la vie culturelle montoise, au début de l'été. "Ce festival historique, porté par le Manège, est attendu des Montois. C'est l'événement qui suit le Doudou, le temps de récupérer un peu", sourit-il. Reste l'éternelle question de savoir "à quoi sert un festival après une saison". Daniel Cordova, jadis directeur du Manège, "programmait au festival ce qu'il ne faisait que très peu pendant la saison, y compris de la danse". Mars, en sa qualité de "pôle arts vivants" en forme de constellation, a diversifié ses propositions durant l'année.

"Nous voulions que le festival garde sa singularité, et ne soit pas qu'une prolongation de la saison." Redéfinissant son identité, le Festival au Carré se veut désormais plus ouvert sur la ville. "Même s'il avait lieu en plein air, le Carré des Arts [vaste cour intérieure des bâtiments abritant notamment le Conservatoire de Mons, NdlR] conservait un côté forteresse", avance Philippe Kauffmann. Mars en balade, le Grand Tour... les idées nées pendant les confinements ont percolé, poursuit-il: "sans se transformer en festival d'arts de la rue, on a voulu faire de la ville une fête".

Un air de fête

Ainsi le Festival au Carré a-t-il adopté, en guise de bannière, La vie est une fête – qui est aussi le titre de la toute fraîche création de la Cie Les Chiens de Navarre, un des points forts de cette édition 2022. "Une exclu ! un grand spectacle international, par une compagnie culte qui exacerbe les énergies." Hormis cette exception (programmée au Manège les 9 et 10 juillet), les spectacles de cette édition trouvent place en divers espaces extérieurs - "sans qu'on ne lâche rien sur la qualité des écritures", tient à préciser notre interlocuteur. "On a envie d'accompagner ces écritures dans l'espace public, ce qui peut être une vraie aventure notamment pour des spectacles nés en salle."

"Le Mystère du gant", vrai faux vaudeville par Muriel Legrand et Léonard Berthet-Rivière.
"Le Mystère du gant", vaudeville à table par Muriel Legrand et Léonard Berthet-Rivière, à découvrir les 2 et 3 juillet dans les jardins de la Maison Losseau. ©Dominique Houcmant | Goldo


Le Mystère du gant, par exemple, se jouera dans l'écrin Art déco du jardin de la Maison Losseau. "Il y a une excitation de voir un vrai faux vaudeville dans un jardin." Ou encore Summertime, de Thierry Smits, qui se donne dans le parc du Waux-Hall: "un vrai cadeau pour des gens qui n'ont jamais vu de danse contemporaine". Quant au Jardin du collectif Greta Koetz, c'est dans la cour de la Maison Folie qu'il s'installe.

Communauté éphémère et complice

Pour ces exemples parmi d'autres, Philippe Kauffmann et l'équipe de Mars font le pari du public complice. "J'ose espérer qu'il va se passer quelque chose. La programmation se veut lumineuse après tout ce sombre qu'on a traversé."

Paroles et création plastique pour témoignages de migration, c'est "Patua Nou", le 3 juillet au parc du Beffroi.
Paroles et création plastique pour témoignages de migration, c'est "Patua Nou", le 3 juillet au parc du Beffroi. ©Le Corridor

Du Jacques où Nicolas Buysse et Greg Houben revisitent Prévert à leur manière, au Poucet impertinent et géant des Royales Marionnettes, en passant par les récits migratoires récoltés et transmis par le Corridor (Patua Nou), la parole intime racisée invitée et délivrée par Lucile Saada Choquet (Jusque dans nos lits), les multiples propositions pour le jeune public et les familles, sans oublier le délire mélo de 26000 Couverts et leur Véro 1re, reine d'Angleterre, "tous les spectacles ont à cœur de créer un moment, une communauté éphémère, ce qui nécessite une grande attention à où on pose les choses".

"Une grande boîte à musique pour 1000 personnes"

Le Festival au Carré a toujours eu la musique au cœur de sa programmation. Philippe Degeneffe, directeur de Mars, en programme aussi en saison. Or il est difficile, souligne son collège Philippe Kauffmann, de se faire une place et une identité parmi la foison de propositions de l'été (assorties de conditions parfois strictes voire exorbitantes).

Amadou et Mariam : le couple culte de la pop africaine sera à Mons le 5 juillet.
Amadou et Mariam : le couple culte de la pop africaine sera à Mons le 5 juillet. ©Juliot Bandit

Trouver une identité neuve s'imposait là aussi. "On a renversé les habitudes, mis les concerts à l'intérieur. Sans gradin, le Manège devient une grande boîte à musique pour 1000 personnes. Et on a joué sur la diversité de la programmation là où les autres festivals travaillent sur des niches." Place donc à l'electro congolaise (Kokoko), au jeune jazz (Casimir Liberski), au rock blues flamand (Triggerfinger), à la nouvelle chanson (Tim Dup), à la pop culte malienne (Amadou & Mariam) voire à l'opéra (La Finta Giardiniera) – entre autres.

Dramaturgie du sensible

Et, parce que tout festival a besoin d'un cœur autour duquel rayonner, c'est sur le parvis du Manège qu'il installe son quartier général, sur un périmètre "tellement minéral que même les arbres ont peur de pousser", s'amuse le coordinateur. Voilà en tout cas le jalon d'un "kilomètre culturel émaillé d'outils à mettre en valeur, de la Maison Folie à Arsonic". Bar, petite restauration, espace de rencontre: "une grande terrasse qui se déplie devant le Manège, fait le lien entre plusieurs structures" et indique sans ambage "où ça se passe". En sachant que le Festival au Carré va jusqu'à se mettre au vert, hors de la ville, pour un jour "En balade à la cascade" axé sur les performances circassiennes et tout public (Parc de la cascade d'Hyon, le 9 juillet).

"On garde les fondamentaux, résume Philippe Kauffmann: des retrouvailles au début de l'été, un QG, un trajet avec des musiques. Ce qui change c'est le quartier, le fait de se déplier dans la ville. Une dramaturgie du sensible que j'ai envie de développer. Je pense qu'on a besoin de ça moi en tout cas se retrouver à taille humaine pour des moments de partage, de complicité. Et de fête." Pas tant une révolution qu'une évolution. "Et ce n'est que le début du chemin."

  • Festival au Carré, Mons, jusqu'au 10 juillet. Infos, rés., programme complet: 065 33 55 80 – www.surmars.be