“La Vie est une fête”, soap opera déglingué

La hargneuse et hilarante création des Chiens de Navarre arrive à Mons.

“La Vie est une fête”, soap opera déglingué
©Philippe Lebruman

Les éclats de voix qui animent la salle tandis qu’on y entre sont plus articulés et aigus que l’habituel brouhaha de l’attente du spectacle. Celui-ci a déjà commencé, houleusement, par un débat entre députés, rhétorique en bandoulière et positions tranchées à tout-va.

Le gradin comme la tribune sont sous les feux des projecteurs ; les invectives fusent. Bientôt la délimitation scène-salle revient. L’un des politiciens intervenus au début se retrouve ici seul en compagnie d’une doctoresse qui l’écoute un temps sans broncher. Le flot de ses propos, de plus en plus sexistes, racistes, antisémites, sera coupé net par son interlocutrice, dans un geste radical dont on adore détester qu’il nous soulage aussi malgré sa violence extrême.

Hôpital psychiatrique

Iconoclastes et époustouflants : c'est ainsi qu'en substance Philippe Kauffmann nous avait présenté les Chiens de Navarre, compagnie que le coordinateur artistique de Mars accueille fièrement sur le grand plateau du Manège dans le cadre du Festival au Carré, quelques jours seulement après que la troupe française a donné les toutes premières représentations de La Vie est une fête à Lyon, aux Nuits de Fourvière.

À Lyon comme à Mons, une dizaine de personnes auront été recrutées pour figurer ici une émeute, là une fête en boîte de nuit.

“La Vie est une fête”, soap opera déglingué
©Philippe Lebruman

Tout cela alors que le cadre principal – mi fil rouge mi prétexte – est un hôpital psychiatrique. C’est par ce biais que Jean-Christophe Meurisse a choisi de livrer cet opus. Vu l’état dans lequel s’enlisent les établissements de soin, enlisement que la crise du covid a singulièrement mis en lumière, on ne s’empêchera en aucun cas de laisser résonner la pièce avec la vraie vie. La vie des errances et des excès, des douleurs et des langues de bois, des effets de manche et du désespoir.

Le pouvoir du dégoût

Donnant une trame à ses intrépides interprètes (Delphine Baril, Lula Hugot, Charlotte Laemmel, Anthony Paliotti, Gaëtan Peau, Ivandros Serodios, Fred Tousch), le metteur en scène, convaincu que "le geste doit rester vivant" , privilégie l'expérimentation, la coécriture, sans omettre l'impro – cadrée toujours –, la prise de risque, "cette écriture en temps réel, en perpétuel mouvement, accentuant ainsi l'ici et maintenant de chaque situation".

Et du mouvement, il y en a, dans ce théâtre indiscipliné, indomptable, irrévérencieux. De la caricature aussi, nourrie d’une véracité acerbe qui fait mouche sans sous-estimer le pouvoir du dégoût. Nous voici donc face à une espèce de soap opera déglingué où se croisent et se percutent toutes les ambiguïtés, toutes les absurdités, toutes les dérives – politiques, ultracapitalistes, intimes, sociales.

Hilarant et répugnant, cabotin et d’une affolante justesse, cruel et cru, irrésistiblement perturbant, un rendez-vous à ne pas manquer.

  • Mons, Manège, les 9 et 10 juillet dans le cadre du Festival au Carré – 065.33.55.80 – www.surmars.be