“ADN” : des enfants de donneurs de sperme brisent le silence et le secret

Myriam Leroy s’inspire de son vécu pour lever le voile sur la procréation médicalement assistée (PMA).

Décalée et drôle, la mise en scène d’“ADN” est signée Nathalie Uffner.
Décalée et drôle, la mise en scène d’“ADN” est signée Nathalie Uffner. ©Vivien Ghiron

C'était en novembre 2017. Myriam Leroy, journaliste, chroniqueuse et autrice, s'en souvient très bien. Elle avait 35 ans. Ses parents les avaient convoquées, elle et sa soeur, Hélène, pour leur parler. "Si un jour, vous avez besoin d'une greffe, je ne pourrai pas vous aider, car je ne suis pas votre père biologique", leur a annoncé leur père. Toutes deux sont, en effet, nées d'une procréation médicalement assistée (PMA), d'un don de sperme anonyme, plus précisément.

Cette révélation familiale, Myriam Leroy la voit, quasi instantanément, comme une matière pour de la création artistique. Mais ses parents ont détruit tous les documents relatifs à la PMA : "je ne saurai rien", se désole-t-elle. En Belgique, on pense que 50 000 enfants sont nés d'une PMA. "Mais combien parmi eux sont-ils le fruit d'un don de sperme anonyme ?", interroge la jeune femme. À vrai dire, nul ne le sait. Aucun registre n'est tenu, car "le secret est capital". Les enfants de donneurs anonymes ignorent donc souvent tout de leur filiation. Alors, elle est partie à la rencontre d'autres enfants de donneurs pour que "leurs histoires puissent combler les blancs de la mienne".

Pièce documentaire

De ses nombreux entretiens, Myriam Leroy en a tiré une pièce de théâtre documentaire, ADN. Documentaire parce que, d'une part, les quatre comédiens – Julie Duroisin, Emmanuel Dell'Erba, Sandy Duret et Antoine Cogniaux – se glissent, tour à tour, dans la peau de ces témoins pour relayer et faire résonner leur parole, et, d'autre part, parce que le texte est truffé de références statistiques, historiques, sociologiques, etc.

Néanmoins, il était "hors de question" pour Myriam Leroy de présenter "une pièce plombante, intello ou chiante". Voilà pourquoi elle a proposé à Nathalie Uffner, directrice artistique du Théâtre de la Toison d'Or, d'imaginer la mise en scène d'ADN en lui insufflant ce petit grain de folie qui fait la notoriété du TTO.

De l’intime à l’universel

Un pari osé dans le cadre d’une pièce de théâtre documentaire, mais qui, allié à l’écriture toujours aussi percutante et impertinente de Myriam Leroy, permet d’aborder ce sujet de société méconnu et tabou de façon totalement décomplexée.

Sur scène, les quatre comédiens alternent avec brio et aisance entre les récits de vie sincères, drôles et touchants de ces enfants nés d’un don de sperme, et des tableaux chantés et dansés, où éclate l’humour décalé et fantasque de Nathalie Uffner.

Si ADN s'enracine dans l'histoire personnelle de son autrice, le propos dépasse rapidement l'intime pour toucher à l'universel – qui ne s'est jamais interrogé sur ses origines, n'a jamais pensé à faire un test ADN pour retrouver des (lointains) parents, etc. ? – et nous rappeler que les débats sur la PMA sont encore loin d'avoir vidé toutes les questions éthiques et juridiques.

--> Bruxelles, TTO, jusqu’au 22 octobre. Infos et rés. au 02.510.05.10 et sur www.ttotheatre.be