La mue tranquille du Varia se dévoile avec une première Métamorphose

Après un été sous le signe de la transformation, le Varia nouveau ouvre sa saison par un "petit festival d’automne".

Danse, musique, chant, poésie se mêlent dans "Désintégration culturelle" de Nadine Baboy.
Danse, musique, chant, poésie se mêlent dans "Désintégration culturelle" de Nadine Baboy. ©Karolina Maruszak

La direction du Varia est au nombre de celles qui, plus ou moins récemment, ont changé. Nommée en mars 2021 pour succéder à Sylvie Somen à la tête de l'institution bruxelloise, Coline Struyf lance à présent la première saison imaginée par elle - dans ce théâtre né il y a quarante ans et qui a entamé un processus de transformation. Dont, pour les aspects immédiatement visibles, un site tout neuf, une signalétique et des visuels repensés, des espaces éclairés par un grand coup de frais.

Le paysage, nous disait-elle à l'orée de l'été, "est en train de se reconfigurer ; on profite de ces synergies possibles. Ce n'est pas pour autant qu'on fusionne. Mais cela permet d'encore mieux identifier ce qu'on fait ou pas, et comment on le fait. Et ça met de la force aussi dans la relation au public."

Dans une saison, il y a des saisons. L'idée de la nouvelle directrice : rendre perceptible "le mouvement du vivant, marquer les saisons, la régénération, les cycles bénéfiques. Tout cela passe par la contemplation et l'écoute aussi". Nous voici à l'équinoxe d'automne et, fidèle à son intention d'inscrire le Varia dans le rythme saisonnier, Coline Struyf inaugure 22-23 par un "Petit festival" dénommé Métamorphose. L'occasion de découvrir les nouvelles couleurs et dénominations des lieux (ne dites plus, par exemple, Grand Varia et Petit Varia mais Théâtre Varia et Studio Varia). Mais aussi de goûter à diverses propositions : spectacles, lectures, performances, balade sonore, installation, fête. Le tout avec, pour devise transversale : "Célébrer ce qui nous rassemble en recomposant les fragments épars de nos identités".

Au Varia, avec les artistes partenaires

Jusque dans nos lits - "En tant que femme noire adoptée, j'ai besoin de tuer mon propre racisme", confie Lucile Saada Choquet, qui se présente aussi comme performeuse féministe décoloniale, et a reçu en juillet le Prix Jo Dekmine décerné par le Théâtre des Doms. Son installation performative Jusque dans nos lits invite des personnes non blanches à dialoguer, se confier, débusquer les failles et partir à la rencontre de ce qui répare. Un moment vécu de l'intérieur par ces témoins, et une invitation, pour les autres, à écouter autour la parole des personnes concernées directement par le racisme et les discriminations. L'installation-performance reviendra au Varia à l'orée du printemps (10-12/3) et au début de l'été (22-24/6).

Désintégration culturelle - La danseuse et chorégraphe Nadine Baboy propose dans cette pièce un "voyage immersif au cœur du métissage", un témoignage de son parcours singulier, où la dilution de sa langue maternelle, le lingala, au profit du français de son nouvel enracinement révèle, dit-elle, "le prix à payer de notre appartenance culturelle". Une fusion de danse, de musique, de poésie et de chant pour secouer nos certitudes, affronter nos héritages, questionner nos identités.

How to disappear - C'est l'histoire d'une envie têtue de dissolution. D'une tentative d'éclipse. Émilie Maquest passe à l'action et organise sa fuite. Mais bien entendu rien ne se passe comme prévu et la voici qui refait surface, mais autrement… Dans cette création de Mariedl, la conceptrice et interprète, seule en scène, évolue avec la partition textuelle de Marie Henry et les sculptures d'Élodie Antoine. Le spectacle se joue jusqu'au 8 octobre.

"Jusque dans nos lits" de Lucile Saada Choquet prendra place au Varia plusieurs fois dans la saison.
"Jusque dans nos lits" de Lucile Saada Choquet prendra place au Varia plusieurs fois dans la saison. ©Aria Ann

En parallèle : du bitume, des plantes, des mots, des détours

Échappée urbaine #2 - Avec ce parcours sonore audioguidé, ici dans les environs du théâtre (boucle de 2km, avec dénivelé de 50m), Isabelle Jonniaux tisse des récits sensibles à partir d'éléments environnants. "La marche, explique-t-elle, devient un espace de narration mais aussi acte de résistance ; à la vitesse, au rendement, à l'efficacité. C'est une façon de se mettre en pause et de se laisser porter par les sollicitations qui se trouvent sur la route, de leur accorder une attention profonde. Et, au final, de provoquer une réflexion sur ce qui nous entoure au quotidien."

Les Renouées - Anne Thuot et Aurélien Leforestier entendent, dans cette recherche évolutive, observer l'environnement urbain par le biais des plantes sauvages qui s'y développent. Une manière de questionner l'urbain et l'humain.

Autrices - Mises en espace et en voix par Layla Nabulsi, Line Guellati et Elsa Poisot lisent des extraits du roman Les Orphelins de l'autrice belgo-gabono-suisse Bessora. Une plongée dans une page méconnue de l'histoire de l'Afrique du Sud en plein apartheid.

L'organe du pouvoir (faire) - Une conférence de Florence Minder sur un organe vital supplémentaire dans le corps humain, et sur ce qu'impliquerait sa découverte. (En lien avec et en prélude à la reprise de son spectacle Faire quelque chose (c'est le faire, non ?) 4-6/10)

Lectures eutopiques - Armel Roussel propose, avec des élèves de l'École du Nord, la découverte d'une nouvelle génération d'auteurs et autrices : Ilonah Fagotin, Clément Duval, Jean Serge Sallh, Iris Laurent (23/9). En outre le metteur en scène présente Opéra Poussière du jeune dramaturge haïtien Jean D'Amérique, lecture-spectacle présentée au Festival d'Avignon dans le cycle de lectures "Ça va ça va le monde" (24/9).

  • Métamorphose, du 22 au 24 septembre à Bruxelles, Théâtre Varia et environs - 02.640.35.50 - www.varia.be