“L’Œil, l’oreille et le lieu”, la fascination du vivant, ici et maintenant

Créée en Norvège, où nous l'avons découverte, la nouvelle pièce de Michèle Noiret arrive chez nous. Danse-cinéma, insectes et effets spéciaux.

“L’Œil, l’oreille et le lieu”, la fascination du vivant, ici et maintenant
©Sergine Laloux

Attablé, un personnage énigmatique semble lutter contre un ennemi invisible. Lui-même ?

Bientôt s’éclaire et s’anime un grand écran central : dédoublements et effets de miroir, altération de la perception, changements d’échelle. On se retrouve absorbé dans un tableau entre test de Rorschach, kaléidoscope et cauchemar aux protagonistes sans visage. Qui s’échappent de l’écran pour livrer sur le plateau un duo dansé tout en tensions.

Captivants sont les premiers instants de L'Œil, l'oreille et le lieu, nouvelle pièce de Michèle Noiret murie à Charleroi danse et Enghien-les-Bains (France), créée en résidence à Bodø, dans le nord de la Norvège, et au Baerum Kulturhus de Sandvika, en périphérie d'Oslo. Joué encore à Haugesund, Sandnes et Kristiansand, le spectacle arrive sous nos cieux pour rencontrer le public – ado et adulte – de Bruxelles, Charleroi puis Liège.

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©Sergine Laloux

Tout aussi captivante se révèle la suite de cet opus peuplé d'insectes macroscopiques. Inspiré à la chorégraphe par sa propre fascination pour ce monde méconnu et en danger d'extinction, L'Œil, l'oreille et le lieu emprunte son titre à un recueil de son père, le poète et peintre Joseph Noiret. Et sa forme à la danse-cinéma, genre qu'elle explore de longue date. Et qui trouve ici – avec une équipe magistrale à la création sonore (Todor Todoroff), aux images vidéo et 3D (Aliocha Van der Avoort, Romain Lalire, Frédéric Nicaise), aux lumières (Yorrick Detroy) – un souffle neuf.

Deux smartphones

Non seulement magnifiques interprètes ayant pris part à la gestation du mouvement, Sara Tan et David Drouard ont aussi la charge de manipuler les éléments de décor et la paire de smartphones qui, en tout et pour tout, génère les prises de vue en direct.

Un duo d'interprètes et deux smartphones pour générer les prises de vue en direct.
Un duo d'interprètes et deux smartphones pour générer les prises de vue en direct. ©Sergine Laloux

Loin de se cantonner à la métaphore cinémato-scénique de l’univers des insectes (leurs mues, leurs incroyables aptitudes, leur inquiétant déclin), la pièce met en perspective le réel indiscutable et la science-fiction, au gré d’effets spéciaux plastiquement stupéfiants quoique faits de peu.

Ce peu qui peut advenir grâce au temps long de la maturation, à la confiance des partenaires, à la fertilité du travail collaboratif, aux inventivités conjuguées dans une forme elle-même en perpétuelle mutation.

  • Bruxelles, la Raffinerie, le 28 septembre à 10h et 18h. Charleroi, les Écuries, le 30 septembre à 13h30 et 20h. Infos, rés. : 071.20.56.40 – www.charleroi-danse.be
  • Également au Théâtre de Liège les 9 et 10 novembre dans le cadre du Forum Sans Transition – www.theatredeliege.be