Il trompe sa femme et s'enfonce dans un incroyable mensonge

Thibaut Nève porte à la scène "Providence", un huis-clos passionnel de Neil LaBute, sur fond des attentats du 11 septembre.

"Providence" de Neil LaBute, mis en scène par Thibaut Nève, avec Laurence D'Amelio et Thibault Packeu.
"Providence" de Neil LaBute, mis en scène par Thibaut Nève, avec Laurence D'Amelio et Thibault Packeu. ©Simon Safiri

Une fenêtre éventrée. Des bris de verre jonchant le sol. Et de la poussière, partout. Dehors, le chaos. Manhattan a plongé dans l’horreur : on est au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. On parle de plusieurs milliers de disparus.

Dans cet appartement cossu, qui porte désormais les stigmates de l'innommable, Ben (Thibault Packeu) regarde son téléphone portable sonner. Il ne répond pas. Il se sent "démoli", "sous le choc" : cette tour qui s'est effondrée, il était censé y travailler le jour du drame. "Et nous, où en sommes-nous face à tout ça en tant que couple ?", lui demande, agacée, Abby (Laurence D'Amelio). Voici trois ans qu'ils sont ensemble. Un amour secret qu'ils vivent dans ce flat, celui d'Abby, à l'abri des regards. Pour cause, elle est sa patronne et a douze ans de plus que lui ; il est son employé, marié et père de famille. Mais deux avions sont venus percuter les Tours jumelles… Et si cette tragédie de l'Histoire pouvait changer le cours de leur histoire ? Et si, certes au mépris de la morale, c'était leur "chance" pour disparaître, se soustraire définitivement à l'interdit et, enfin, vivre leur passion au grand jour ?

Une scénographie immaculée

Dramaturge, réalisateur et scénariste américain, Neil LaBute crée Providence en 2002 à New York, avec Sigourney Weaver et Liev Schreiber. Vingt ans plus tard, de l'autre côté de l'Atlantique, Thibaut Nève s'empare de ce huis clos passionnel (dont on doit la traduction française à Pierre Laville) pour le monter au Public. Un théâtre où il s'est déjà frotté à la mise en scène d'auteurs américains : Tennessee Williams (La ménagerie de verre) en 2018 et Jeff Baron (Visites à Mr Green) en 2021.

Avec sa configuration rectangulaire, la salle des voûtes offre l’écrin idoine à la scénographie épurée de Vincent Bresmal et Matthieu Delcourt. Un décor immaculé qui contraste avec la noirceur de ce qu’il se passe à l’extérieur – les sirènes des ambulances, les hélicoptères… – et concentre le récit sur ce qui se joue entre les deux amants : affronter la réalité et, partant, l’inéluctable vérité, ou fuir et s’enfoncer, plus encore, dans le mensonge, la tricherie.

Ce terrible dilemme, Thibaut Nève l’orchestre habilement en faisant se déplacer les personnages selon leur rapport de pouvoir. Là où Abby rappelle sans cesse, par un ton péremptoire et ironique, qu’elle est la cheffe de Ben ; lui, n’hésite pas à susciter le désir de sa maîtresse (on regrettera, de part et d’autre, quelques scènes surjouées). Mais aucun des deux n’est dupe. À dessein. Abby attend, en fait, de Ben de l’honnêteté vis-à-vis de sa femme alors qu’il ne peut s’y résoudre, cherchant désespérément une échappatoire. Ou quand l’amour, aussi fort qu’il paraît, révèle toute sa lâcheté.

--> Bruxelles, Le Public, jusqu’au 22 octobre. Infos et rés. au 02.724.24.44 ou sur www.theatrelepublic.be