Difficile de trouver une bonne histoire

Deux collectifs, TG Stan et Canine Collectif, dans un exercice ironique de brainstorming.

Difficile de trouver une bonne histoire
©Kurt van der Elst

Sur la scène du Théâtre des Tanneurs à Bruxelles, une grande table et neuf chaises. En dessous, il y a de quoi tenir un siège avec une montagne de chips et de bouteilles d’eau.

Pour jouer Les Antipodes, un texte de l'autrice américaine Annie Baker, deux collectifs se sont unis : des acteurs venus de TG Stan et d'autres du Canine Collectif. Deux collectifs donc, mais de générations différentes : TG Stan a influencé depuis des années les scènes européennes (le nouveau directeur du Festival d'Avignon Tiago Rodrigues souligne volontiers ce qu'il leur doit), et avec eux, le jeune Canine Collectif qui s'est révélé ces dernières années.

Les neuf personnages sont enfermés dans une pièce avec comme mission de trouver une histoire forte, originale, mais pas trop "trash". Chacun à son tour propose un début de récit, à commencer par celui de leurs premières expériences sexuelles, et c’est parfois très drôle, comme une histoire d’une éjaculation catastrophique et monumentale… Parfois, le récit intime se fait au contraire brusquement tragique, quand un personnage vient raconter le suicide de son père.

Les récits intimes se succèdent ainsi, comme improvisés sur le moment, glissant peu à peu vers le fantasme et la fiction.

Brainstorming

On sent qu’entre les participants à ce brainstorming, il y a de la compétition pour plaire au meneur du jeu, joué par l’excellent Bert Halvoet. Certains abandonnent, se retirent et s’endorment contre un mur.

Le spectacle Les Antipodes est une critique burlesque mais sans concession de ces brainstormings qu'affectionnent les consultants de tous poils.

Progressivement, on voit bien aussi qu’il n’y a plus de possibilité de raconter une histoire commune, de trouver un récit rassembleur pour notre société morcelée par les réseaux sociaux et l’individualisme triomphant.

Si les acteurs plus jeunes du Canine Collectif tirent leur épingle du jeu, ce sont bien deux acteurs de TG Stan qui s'imposent par leur présence mêlant comique et sérieux : Els Dottermans et Robby Cleiren.

Les Antipodes montre bien la faillite du récit collectif. À la fin du spectacle, Els Dottermans, retrouvant un cahier de sa petite enfance, y lit les histoires qu'elle pouvait alors écrire sur moins d'une page. Avec le regret que ce temps soit passé.

Dommage que le spectacle soit trop long. L’attention forcément se perd à un moment quand le récit semble tourner en rond et dure près de deux heures.