Simon, trentenaire, en couple, est obsédé par sa mémoire. Avec Gaëlle, il fouille ses souvenirs à coups de questions-réponses (nom de ta prof de chimie en 3e, couleur préférée de ta mère, nombre de stations-service sur l’autoroute de la mer…).

Librement inspiré par “Disappearing Act” (“Escamotage” en V.F.), nouvelle de l’écrivain et scénariste américain Richard Matheson parue en 1953, “8h03, ce matin-là” en conserve la légèreté tout en osant amener son propos vers d’obscures profondeurs. Évacuant le contexte paranoïde de la guerre froide, Michaël Bier – qui signe l’adaptation et la mise en scène, lui-même étant par ailleurs réalisateur, scénariste et directeur de casting – imprime à son personnage des démons intérieurs, nourris par les technologies d’aujourd’hui. En lui, la peur d’oublier et l’envie de transmettre sont les deux faces d’une même obsession.

Décalé, fissuré, inquiétant

Eno Krojanker, acteur à haut potentiel de fantaisie, développe le rôle dans toute sa complexité. Attachant mais névrotique – aux côtés de la Gaëlle à la fois spontanée et grave de Stéphanie Goemaere –, Simon filme tout, veut garder une trace de chaque instant. “Il est tellement concentré sur lui qu’il ne s’intéresse plus aux autres […]. Et donc les autres disparaissent”, résume Michaël Bier. 


La scénographie de Catherine Cosme et la création vidéo d’Antonin De Bemels (avec aussi, à l’écran, Hervé Piron, Martine Willequet, Sophie Maréchal, Claire Beugnies, Adriana Da Fonseca, Delphine Bibet…) concrétisent les paradoxes de ce récit d’abord drôle, à la fois empreint de la vie ordinaire, autoréférent, et progressivement décalé, fissuré, inquiétant.

Bruxelles, les Riches-Claires (grande salle), jusqu’au 1er octobre, à 20h30 (mercredi à 19h, supplémentaire en matinée mardi 20/9 à 14h). Durée : 1h10 env. De 6 à 16 €. Infos & rés. : 02.548.25.80, www.lesrichesclaires.be