Dans le petit hôtel où loge Riton Liebman, des affiches à l'effigie de son spectacle, « Liebman Renégat». Ce spectacle phare de la saison 2015-2016 en Belgique, arrive dans le off d'Avignon précédé d'une belle réputation. Celle-ci suffira-t-elle à remplir et combler la salle de la Manufacture, une des valeurs sûres du Off? Le récit autobiographique de ce fils écrasé par la personnalité de son père, Marcel Liebman, professeur à l'ULB, juif pro palestinien qui a marqué plusieurs générations d'étudiants en Belgique, va-t-il toucher les spectateurs étrangers? « Oui », nous dit l'auteur interprète devant son café presque matinal. «Parce que plus on est précis, plus on s'élargit. La littérature est ma principale source d'inspiration.Quand je lis l'histoire de deux petits Chinois dans un village dont je ne connaissais même pas le nom, cela me parle. Dans le spectacle, à un moment donné, je cite la chaussée d'Ixelles. David Murgia, le metteur en scène, me suggère alors de parler plutôt d'une rue de Bruxelles mais je suis revenu à la chaussée d'Ixelles car cette précision fait la richesse du texte. » Tout comme l'universalité du propos, ce rapport père fils rendu avec tant d'authenticité.

« Et puis, j'ai ma réserve inépuisable de juifs bruxellois », ajoute, en souriant, le comédien dont la carrière aurait dû être lancée par «Préparez vos mouchoirs » de Bertrand Blier(1978). « Cela se passe bien ici pour moi même si c'est dur, la pression est là. Il faut tenir le coup physiquement aussi puisque je joue tous les jours pendant le festival mais je regrette déjà qu'il s'achève. Et puis maintenant, je dois continuer l'écriture. Je prépare la suite. Ma déception à Paris après "Préparez vos mouchoirs". Ce sera au Poche en décembre ».