Groupe protéiforme et pluridisciplinaire né "presque par hasard" en 2001 à Bruxelles, la Clinic Orgasm Society se définit moins comme une compagnie théâtrale que comme un "lieu virtuel d’expérimentation""pousser plus avant l’hybridation entre la performance, le théâtre et le bricolage technologique".

Associés à un petit noyau variable d’artistes, Ludovic Barth et Mathylde Demarez, les vaillants chercheurs de ce laboratoire, désossent le conte ("J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie"), dépiautent le mystère de la création ("DTC (on est bien)"), dynamitent la normalité (la trilogie "Pré-Blé-Fusée"). Ou, comme ici, partent à la rencontre d’eux-mêmes dans trente ans, questionnant à la fois la vieillesse et le futur.

La première "dévalorisée, précarisée" dans nos sociétés où pourtant sa proportion croît inexorablement. Le second objet de prédictions catastrophistes.

Le moteur intime de l’angoisse

"Si tu me survis,…" a mûri pendant près d’un an et demi. A une semaine de la première (le 21 janvier), on découvre le grand plateau du Varia occupé de multiples éléments, autant d’univers, des "temporalités croisées", souligne le tandem qui signe aussi la scénographie du projet, nourri d’improvisations.

Deux autres acteurs (Thymios Fountas, Judith Ribardière), "plus jeunes que nous, nous incarnent vieux" : outre la question technique (on n’ôte ni ne revêt en quelques secondes une peau de latex), "le regard sur soi est devenu nécessaire, pointe Mathylde, de même que l’envie d’assumer que ce sont des projections".

C’est de l’intime qu’ils sont partis, se projetant dans un avenir où ils auront respectivement 72 et 74 ans. "Dans quoi on sera alors ? On a abordé ça intimement, à partir de nous-mêmes, nous imaginant vieux, dans une sorte de spéculation construite sur l’idée d’angoisse." Au point que leurs premières esquisses se sont révélées terriblement sombres. Or la pulsion de vie faisait partie de leurs envies, et l’idée même de vieillissement a évolué avec les générations.

Rendez-vous en 2046

Souvenir ? Projection ? "Si tu me survis,…" joue beaucoup sur les variations temporelles. Du reste Ludovic et Mathylde s’y donnent rendez-vous en 2046. "Dans trente ans on refait un spectacle en réponse à celui-ci", s’amusent-ils, laissant planer la question de la trace, que pose aussi le spectacle vivant, éphémère.

"Dès lors qu’on travaille sur la vieillesse future, on travaille aussi sur la nostalgie, les trajets de vie. Inévitablement on a pensé aux figures de l’avenir issues de l’enfance et de la science-fiction. On a notamment épluché près de 200 bandes-son, à peu près toutes apocalyptiques", expliquent les complices, habités par "l’envie récurrente de mêler l’humour et l’étrangeté", avec un goût prononcé pour le ludique, une propension certaine à la mise en abyme, et des clins d’œil à la mémoire collective.

S’adapter

"Il n’est pas innocent que nous montions ce spectacle aujourd’hui, relèvent les quadragénaires, le contexte géopolitique semble être à un moment un peu charnière. Nés dans une démocratie, on se rend compte de la fragilité de ce qu’on prenait pour des repères immuables."

Mais en fait, était-ce mieux avant ? Est-ce pire aujourd’hui ? "Le monde a toujours changé. Il faut s’adapter. Or en vieillissant on perd en capacité d’adaptation… Ça nous a plombés au début de la recherche. Il a fallu se booster, aborder ça différemment, trouver des stratégies de survie jusque dans le processus de construction du spectacle : comment formellement échapper à la chape qui nous écrase ? Comme si on demandait à nos vieux (on les appelle comme ça) d’être capables d’un regard neuf. Comme si c’est eux qui nous bottaient le cul."

Bruxelles, Varia, du 21 janvier au 6 février, à 20h30 (mercredi à 19h30). De 7 à 21 €. Infos&rés. : 02.640.35.50, www.varia.be

Mons, Manège, du 16 au 19 février. Infos&rés. : 065.39.59.39, www.lemanege.com