Georges Lini a adapté la délicieuse fable sur « L’entrée du Christ à Bruxelles ». Critique.

Au moment où le monde est effondré de voir Trump arriver, ne reste-t-il plus qu’à attendre le retour du Christ ? James Ensor l’avait imaginé dans son entrée du Christ à Bruxelles. Le metteur en scène Georges Lini l’a fait en adaptant un délicieux petit texte de l’écrivain flamand Dimitri Verhulst. Il en a fait un monologue interprété avec brio par Eric De Staercke à l’Atelier 210 à Bruxelles.

Le texte de Verhulst, l’auteur de « La merditude des choses », fonctionne à la manière des fables du Prix Nobel José Saramago pour mieux décrire les travers de notre société.

Dimitri Verhulst imagine la nouvelle du siècle : le Christ va revenir et, de plus, chez nous un 21 juillet pour la fête nationale. Les politiciens cessent de se chamailler pour choisir l’hymne d’accueil du Messie. Pour comprendre Jésus qui ne parlait qu’araméen, on sort enfin une réfugiée syrienne d’un centre fermé et on l’installe dans un grand hôtel. Comme notre dette publique est abyssale, nos ministres se disent qu’il ne faut pas investir dans la sécurité du Christ puisqu’il a la vie éternelle ! A l’annonce de la venue de Dieu, tout le monde se rappelle qu’il faut être bon et s’occuper de son voisin. Des religieuses coupables d’abus sexuels se suicident. L’écrivain multiplie par dizaines ces petites histoires, souvent savoureuses, qui sont un miroir déformant de nous-mêmes.

On parle flamand

Bien sûr, le Christ ne vient pas et, vite, tout revient à la "normale" : la réfugiée interprète de Jésus est renvoyée par charter, et quand une fille se lève dans le métro pour dire en français : "il faut s’oublier pour révéler sa vraie beauté", quelqu’un grommelle qu’"ici, à Bruxelles, on parle flamand". Bref, tout est normal. Et chacun retourne à son égoïsme. Personne n’a eu le courage de se dire qu’il peut être à sa manière un Christ revenant sur terre et s’intéresser à ses voisins.

Georges Lini a repris des passages du livre avec souvent une vraie qualité littéraire pour en faire une histoire qui tient le public en haleine pendant une heure trente. Evitant la simple pochade rigolote sur la Belgique, le spectacle est une fable philosophique sur l’homme et son égoïsme.

La mise en scène joue avec quelques objets, des tribunes improvisées et des extraits de films anciens bien choisis parfois très drôles (les apparitions de la Vierge), parfois surréalistes (l’Atomium qui se déforme).

Une soirée où on peut sourire et réfléchir, ce qui ne gâte rien à l’heure de l’entrée de Trump, le diable.

© DR
 
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---> « L’entrée du Christ à Bruxelles », à l’Atelier 210, Bruxelles, jusqu’au 26 novembre