"Outwitting the Devil", créé à Avignon, arrive à Namur et à La Louvière.

Britannique, né en 1974 dans la banlieue londonienne d’une famille originaire du Bengladesh, Akram Khan monte très jeune sur scène et prend part, de 1987 à 1989, au Mahâbhârata de Peter Brook. Formé dès l’enfance au kathak (danse traditionnelle et narrative du nord de l’Inde), le jeune homme envisage une carrière de danseur, pour laquelle il étudie en Angleterre, mais aussi à Bruxelles, au sein du X Group de Parts, l’école d’Anne Teresa De Keersmaeker.

Langage fusionnel

En 2000, l’Akram Khan Company voit le jour et se fait un nom sur les scènes d’Europe et du monde – à une époque où l’Asian Underground (fusion de rythmes dance occidentaux, souvent electro, et de musiques et d’instruments traditionnels de l’Asie, en particulier l’Inde, le Pakistan, le Bangladesh) flamboie sur les platines. Avec pour exemple le plus transversal et le plus proche de la tradition Nusrat Fateh Ali Khan, mais aussi, notamment, Talvin Singh, Nitin Sawhney (avec qui il collaborera d’ailleurs sur plusieurs spectacles), Cornershop ou encore Asian Dub Foundation.

Lui aussi fusionnel, le langage chorégraphique que développe Akram Khan traduit, avec une énergie remarquée, à la fois ses racines et ses recherches sur le terrain de la danse contemporaine, univers au sein duquel il se taille une place de choix.

Avide de croisements, il collabore ainsi, entre autres, avec le chorégraphe et danseur belge Sidi Larbi Cherkaoui, la danseuse étoile Sylvie Guillem, la star pop Kylie Minogue ou l’actrice française Juliette Binoche.

Six danseurs dans la cour d’honneur

En juillet 2019, Akram Khan était l’un des artistes invités à occuper la cour d’honneur du Palais des papes, à Avignon. La pièce qu’il y crée, Outwitting the Devil, revisite les mythes fondateurs de l’humanité à partir d’un complément récemment découvert à l’épopée de Gilgamesh, roi d’Uruk – figure héroïque et divinité infernale de la Mésopotamie ancienne. 


Mêlant les générations et les origines des six danseurs qui l’interprètent, la pièce donne aux catastrophes de tous temps un écho actuel (dans cet épisode du récit, Gilgamesh et son camarade Enkidu détruisent une somptueuse forêt de cèdres), à travers son vocabulaire scénique, à la fois dépouillé et foisonnant, ses rythmes et respirations, ses reliefs soulignés avec grâce par la lumière et le mouvement.

Chargé de symboles, cet opus convoque la mémoire des connaissances anciennes, des savoirs oubliés. L’austérité de l’ensemble se frotte aux fantômes de jadis et d’aujourd’hui, avec une sophistication assumée, une élégance formelle aux allures de rituel.

Désormais détaché lui-même de la danse, Akram Khan y plonge à travers d’autres corps, y compris ceux de performeurs plus âgés. Un signe de plus de la fusion qui tient à cœur au chorégraphe, son outil ici pour déjouer le diable – de façon cependant parfois un peu trop littérale, l’usage d’une voix off venant surligner l’allégorie.

  • Namur, Théâtre royal, du 5 au 7 décembre - 081.226.026 - www.theatredenamur.be 
  • La Louvière, Théâtre, les 10 et 11 décembre - 064.21.51.21 - www.cestcentral.be