Cédric Eeckhout a beaucoup sillonné l’Europe. Comme acteur entre autres des grands metteurs en scène allemands Thomas Ostermeier et Falk Richter mais aussi, explique-t-il dans son spectacle, au gré de ses amours multiples de gay, avec des amants hongrois, anglais, suédois , italien ou français.

Il a appris à connaître les richesses du multiculturalisme dès son enfance avec une mère wallonne et un père flamand. Mais il a tout aussi vite compris que cet amour des mélanges peut tourner au vinaigre et au divorce. Ses parents divorçant quand il n’avait que 6 ans.

Dans son spectacle créé au National, The Quest (la Quête), sous la forme, quasi, d’un stand-up, il met en parallèle les deux histoires d’amour et de divorce, celle de ses parents et celle de l’Europe. Il choisit de le faire en anglais (surtitré) une manière d’utiliser la lingua franca de l’Europe, celle qui peut réunir les pays.

Il a invité sur scène sa mère (sa vraie mère) et cela donne une touche émouvante au spectacle surtout quand elle évoque pour lui l’amour qu’elle avait pour son père. A la fin dans un film, les parents sont re-réunis pour dire à leur fils qu’il est le fruit d’un amour, comme l’Europe est né d’un vrai amour entre les peuples.

Cédric Eeckhout est effrayé par la tournure que prend l’Europe, avec le Brexit et l’émergence partout de l'extrême droite. Il chante même sur scène, avec talent, sa haine de Nigel Farage. Comment ce si beau projet d’union a-t-il pu déraper?

© Andrea Messana

Deux questions

Avec sa mère et un musicien déguisé en chat (!), il a parcouru l’Europe et posé à des quidams deux questions valables autant pour l’amour d’un couple que pour celui de l’Europe. A quelles conditions un amour dure-t-il ? La réponse la plus courante est de garder des projets en commun.

La seconde question est : après une crise, faut-il essayer de vivre encore ensemble ?

Habillé d’une armure comme Don Quichotte, Cédric Eeckhout poursuit sa Quest d’une impossible étoile mais il doit bien à la fin se débarrasser de cette cuirasse qui ne le protège de rien.

Il évoque et chante le langage corporel qui libère des frontières linguistiques, il évoque la nécessité de connaître la langue de l’autre, il aimerait tant que l’amour soit sans fin.

Le projet européen est bien une histoire d’amour qui risque de tourner mal. On a bien oublié nos frères ou amants grecs pendant la crise.

Cédric Eeckhout se livre beaucoup dans cet épopée avec une authenticité un peu hystérique. Si sa démonstration aurait intérêt à être plus resserrée, elle est néanmoins généreuse et porte sur un sujet capital -L’Europe- sujet rare au théâtre.

Au Théâtre de l’Ancre du 1 au 4 décembre, au Théâtre National du 5 au 9 mai 2021 et à Mars à Mons les 11 et 12 mai 2021