Thierry Smits livre sa nouvelle création, pour onze nouveaux danseurs, dans le Studio de sa Cie Thor. Ronde de vie et spectre de la transe. Critique.

Depuis 1990, année où naît sa compagnie, Thierry Smits a créé une trentaine de spectacles. Et autant d’univers singuliers, traversés par une même rigueur, un même sens aigu de l’image et du mouvement, et pourtant toujours différents. Que l’on songe à l’incandescent “Corps/e” qui évoquait entre autres la peinture de Bacon, au généreux “D’Orient”, au cabaret contemporain “Cocktails” ou naguère au solo radicalReVoLt”, à chaque fois c’est un monde neuf que crée le chorégraphe. L’inverse, en somme, du palimpseste tel que le pratique une Michèle Noiret.

Les sociétés secrètes : voilà l’angle adopté par Thierry Smits pour “Anima Ardens”, création éclose jeudi dans les murs mêmes – où Vincent Glowinski, alias Bonom, a fait courir ses créatures en noir et or – du Studio Thor. Et réservée aux seize ans et plus. C’est un souffle, une âme brûlante qu’est allé débusquer le chorégraphe, imaginant une tribu de onze hommes dont la nudité souligne la diversité des corps, non tant dans la virtuosité (et la séduction moins encore) qu’aux détours de la recherche, celle-là même qui fait avancer la danse.

De l’expressionisme trop explicite à l’intensité pure

D’un expressionisme presque convenu – les silhouettes sous des draps blancs –, le chœur fantomatique du premier volet laisse bientôt place aux individus, à leur animalité, leur a/normalité, traitées sur un mode sursignifiant.

Enfin vient la tribu, avec toute la puissance du souffle, les ensembles dans lesquels le chorégraphe excelle, une circulation organique, une intensité saisissante – où la création vocale (Jean Fürst) et sonore (Francisco López) donne toute sa mesure. Avec aussi le renouveau de son vocabulaire qu’articulent Valentin Braun, Peter De Vuyst, Michal Goral, Jari Boldrini, Gustavo Monteiro, Bruno Morais, Emeric Rabot, Nelson Reguera Perez, Theo Samsworth, Oliver Tida Tida, Davide Guarino, choisis par Thierry Smits au cours d'un long processus documenté par un film. Faunes qui, à leur suite, emmènent le public aux rives de la transe.

© Hichem Dahes

Bruxelles, Varia @Studio Thor (49 rue Saint-Josse), jusqu’au 29 octobre et du 30 novembre au 10 décembre (et dans l’intervalle à Genk, Bruges, Roulers, Berchem, Alost). Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be, www.thor.be