Patrice Mincke met en scène un "Malade imaginaire" drôle et enjoué au Public.

Le poumon ! Le poumon, vous dis-je !" L’ultime comédie de Molière a été maintes fois lue, étudiée, représentée, on en connaît les ressorts et le texte et pourtant, le plaisir de la voir sur scène est intact. Avec "Le Malade imaginaire", Molière cherchait à démythifier la mort grâce au rire libérateur. Souffrant depuis longtemps, il s’est éteint le soir de la quatrième représentation de ce spectacle après avoir tenu jusqu’au tomber de rideau dans d’horribles douleurs, le 17 février 1673. Dans "Le Malade", il règle aussi ses comptes avec l’hypocrisie sous toutes ses formes; médecine ou dévotion relevaient à ses yeux de la superstition. Après "Tartuffe" et de multiples démêlés avec la censure, cette pièce lui permit de tourner en ridicule les imposteurs, la bêtise et l’amour intéressé avec humour.

Argan se convainc d’être malade pour se faire aimer. Entouré de médecins ravis d’avoir trouvé un tel pigeon, il décide que sa fille épousera aussi l’un d’entre eux pour le soigner jusqu’à la fin de sa vie. La jeune Angélique préférerait épouser le beau Cléante et il faudra toute l’énergie et l’intelligence de Toinette, la maline servante, pour faire triompher la vérité et l’amour.

Un jeu décapant

Patrice Mincke a pris le parti de renouer avec l’aspect bouffon du spectacle - dont les trois actes étaient entrecoupés d’intermèdes musicaux. Loin de toute retenue, les comédiens livrent un jeu physique décapant. Anne Sylvain, expressive et énergique dans le rôle de Toinette, tient tête à un Michel Kacenelenbogen en Argan paumé et en manque d’amour plutôt que tyran qui redouble de bruits répugnants et autres mimiques pour illustrer le dysfonctionnement de ses entrailles… Didier Colfs et Maroine Amimi en Diafoirus père et fils sont délicieusement ridicules tandis que Camille Voglaire et Damien De Dobbeleer chantent leur amour impossible version comédie musicale. La mise en scène, truffée de clins d’œil et de drôles de trouvailles, depuis un club de golf opportun jusqu’à la scène d’intronisation, joue à fond le registre de la farce et de la bouffonnerie. Et "cela est fort plaisant".


Bruxelles, Théâtre Le Public, jusqu’au 25 juin. Durée : env. 2 heures, entracte compris. Infos & rés.0800.944.44.; www.theatrelepublic.be