Patrick Declerck emprunte à James Ensor ce titre magistral et marqué par la démangeaison, "Démons me turlupinant", pour un récit qui évoque ses souvenirs épars, dans un trajet où la névrose le mène à l’analyse et l’analyse l’ouvre à l’écriture.

Inspirés par l’œuvre de Patrick Declerck, Antoine Laubin et Thomas Depryck en avaient conçu "Dehors", spectacle mouvant autour de la figure du SDF. C’était en 2012, alors même que l’auteur recevait le prix Rossel pour "Démons me turlupinant" (Gallimard). Anthropologue, psychanalyste et philosophe né à Bruxelles en 1953, Patrick Declerck emprunte à James Ensor ce titre magistral et marqué par la démangeaison pour un récit qui évoque ses souvenirs épars, dans un trajet où la névrose le mène à l’analyse et l’analyse l’ouvre à l’écriture.

On ne peut douter, d’entrée de jeu, de la primauté de l’écrit dans ce qui se trame ici. "Comment rendre compte de notre plaisir de lecteur et nous tracer un chemin théâtral propre à l’intérieur de l’œuvre ? […] Comment traduire en termes scéniques ce qui, au cœur du livre, nous a bousculés, remués ? […] A quoi ressemblerait un monde où l’individu et le collectif s’imposeraient une prise de recul ?" Croisant leurs interrogations et leurs regards pertinents, Antoine Laubin (conception, mise en scène) et Thomas Depryck (adaptation, dramaturgie) ont pris le parti d’ouvrir "Démons me turlupinant" sur le livre lui-même, convoquant sur le plateau un lecteur chaque soir différent. Frédéric Dussenne, lors de la première.

Mise en abyme

Pour la scénographie, Stéphane Arcas a amoncelé livres et cartons au pied de grands rayonnages que vont peu à peu emplir les comédiens. Selon un ordre très précis afin que s’esquissent précisément, au fil du remplissage, Ensor et ses démons.

La mise en abyme à l’œuvre ici fait d’Hervé Piron et Brice Mariaule les doubles de l’auteur, se partageant sa voix, s’appropriant ses souvenirs, ses digressions. Ainsi passe-t-on de Mémé et de sa folie au médecin de famille, des incessantes envies d’ailleurs du père au cadeau d’une fille, des moments d’analyse personnelle et de celle de patients, en passant par l’histoire revisitée d’Œdipe.

A la fois chemin et collage, déballage et introspection, "Démons me turlupinant" développe - avec un humour où la tendresse voisine l’acide, le tout infusé de quelques pages de Bach - la passionnante et insoluble quête de soi d’un "mélancolique incurable et fier de l’être" .

Bruxelles, Rideau, jusqu’au 24 janvier, à 20h30 (mercredi à 19h30, dimanche 18 janvier à 15 heures). Durée : 2h10 env. De 10 à 20 €. Infos & rés. : 02.737.16.01, www.rideaudebruxelles.be