Grand rendez-vous du cirque contemporain à Bruxelles, le Festival Up ! s’apprête à décoller. Si le coronavirus ne fait pas de même... Intimes ou sous chapiteau, en salle ou en appartement, un cocktail décapant de 30 spectacles en tous genres et venus de tous horizons. Pour petits et grands, initiés et néophytes, un art qui nous ressemble et nous rassemble. Critique et avant-propos Laurence Bertels

Premier vertige. Dans leur roue Cyr, deux acrobates partent à la recherche du temps perdu. Ils sont jeunes, ils sont deux, ils se regardent, se lancent sur la piste au rythme de leur roue Cyr, à savoir cent vingt-cinq battements par minute, comme le titre de leur première création. Sur fond de musique électronique, bidouillée en live par Geert Belpaeme, ils s’échangent leur roue Cyr, inlassablement, en une répétition de mouvements hypnotique. Puis, flirtent avec la danse contemporaine, entrent ensemble, ou séparément, dans le cycle de la vie, se promènent côte à côte, l’air coquin, le regard malicieux, un peu à la façon de Raymond Queneau.

125 battements par minute

Première création du Duo André Léo, 125 BPM, comme les 125 battements par minute que leur roue Cyr les oblige à respecter, part à la recherche du temps perdu, ou gagné, de l’attente, de l’inactivité qui fascine les deux acrobates, prêts à risquer la rupture, celle de l’harmonie, du mouvement, de l’équilibre. Agrès qui se pratique d’habitude seul, la roue Cyr les accueille soudain tous les deux, contre toute attente. En elle, avec elle, autour d’elle, ils se retrouvent face à face, côte à côte, puis tournent de plus en plus vite, emportés par la ronde folle. Ils n’hésiteront pas à s’asseoir ensuite l’un sur l’autre, en quinconce, jouant avec les multiples et presque infinies possibilités du corps. Avant d’ajouter encore quelques variations, de tons, de sons ou de lumières, pour mieux jouer avec les limites.

Après avoir déjà participé à plusieurs festivals avec leur numéro de roue Cyr, et remporté, entre autres, une médaille d’argent au Festival mondial du cirque de demain, le Duo André Léo propose ici sa première création, une approche ludique et captivante. À découvrir le 25 mars au Marni, dans le cadre du Festival Up !, le rendez-vous du cirque contemporain en Belgique, organisé tous les deux ans par l’Espace Catastrophe, Centre international des arts du cirque, avec une énergie toujours grandissante. Vous aurez beau fermer les yeux et vous boucher les oreilles, vous n’y échapperez pas. Bruxelles vibrera, mangera, respirera cirque contemporain, dix jours durant, dès le 19 mars.

Dans tout Bruxelles

Du Varia au Marni, du 140 à Wolubilis, du Bronx ou des Halles à l’Espace Catastrophe, pas moins de dix-huit lieux s’associent à l’événement. Et le cirque, sous toutes ses formes, de la plus intime à la plus festive, de la plus pointue à la plus familiale, de la plus théâtrale à la plus chorégraphiée, chatouillera les sens et montrera à nouveau combien il mêle les genres avec aisance et brûle d’inventivité.

Venues de tous horizons, de France, d’Espagne, de Suède, de Flandre ou de la Région Wallonie-Bruxelles, les créations se dévoileront sur des scènes différentes, frontales comme au théâtre, sous chapiteau, comme on s’y attend, ou en appartement, comme on ne le soupçonne pas, avec un duo tout en intimité, Se prendre, de Claude Doucet et Cooper Lee Smith.

D’autres préféreront s’asseoir au plus près d’un soliste pour suivre ses expériences au double mât chinois, avec Static de Monki. À moins de s’aventurer dans une forêt de sons et sensations proposée par Sanctuaire sauvage du Collectif Rafale. Mêlant les techniques et inventivité, le collectif, après une douce entrée en matière, au son des grillons et aux parfums de lavande, ne recule devant rien. Et crée une inondation sonore par des effets spectaculaires que nous ne dévoilerons pas ici. Le festival proposera donc un cocktail de sensations et de découvertes qui, grâce à la programmation, permet jusqu’à cinq long or short drinks par jour. Sans aucun contrôle à la clé !

Fort de sa reconnaissance, octroyée lors de la précédente édition, qui lui a valu la médaille de Best International Event, le Festival UP ! place toujours la barre plus haut. Fier d’avoir permis de réelles découvertes, souvent primées au prix Maeterlinck de la Critique, telles Strach, a fear song du Théâtre d’1 Jour ou Burning, de la Cie Habeas Corpus, il pousse toujours l’audace et l’ambition plus loin, sans jamais perdre l’envie de partage et de générosité qui le caractérise.

"Up ! s’adresse à tous les publics, grands ou petits, amoureux du cirque depuis toujours ou depuis le début du jour. Cet art-là nous ressemble et nous rassemble", explique Catherine Magis, toujours animée du même feu, et promettant un menu bouillonnant d’énergie, de créativité et d’humanité. De quoi sortir de l’hiver tout en joie.

Au rythme de 125 battements par minute

Première création du Duo André Léo, 125 BPM, comme les 125 battements par minute que leur roue Cyr les oblige à respecter, part à la recherche du temps perdu, ou gagné, de l’attente, de l’inactivité qui fascine les deux acrobates, prêts à risquer la rupture, celle de l’harmonie, du mouvement, de l’équilibre. Inspirés par les univers de Samuel Beckett et de Lisbeth Gruwez, Jean-Baptiste André et Robin Léo brandissent l’humour comme arme suprême pour casser le mur entre les spectateurs et le public. Ainsi que certaines confrontations visuelles. Laissez-vous emporter par leur ronde vertigineuse. Le 25 à 17 h et le 26 à 21 h au Théâtre Marni.

Boutès , pour se souvenir en commun

Lui, Jean-Luc Piraux, comédien tragicomique, apprend à se taire. Elle, Tania Simili, jongleuse, circassienne aérienne, se met à parler pour mieux "se souvenir en commun", nous confie le dramaturge Laurent Ancion, touché au plus près par ce spectacle de la compagnie franco-suisse Courant d’Cirque, partiellement autobiographique, autour du suicide du père. "Boutès démontre combien le genre peut aborder tous les sujets, comme celui-ci, tragique, mais traité avec la douceur de l’humour, la grâce du geste et l’élégance du rire, portés par la complicité des deux artistes", dit encore L. Ancion. Les 26 et 27 mars à 21 h à l’Espace Delvaux.

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De sueur et d’encre , du cirque québécois

Qu’est-ce que la mémoire humaine face aux disques durs, clés USB et autres énormes serveurs dans le désert ? À l’heure où la technologie s’offre le luxe (relatif) de ne rien oublier, un virevoltant quatuor s’interroge sur le droit à l’oubli et les traces que nos vies laissent. Issus de la nouvelle génération du cirque québécois, les quatre artistes multi-talents (porteurs, voltigeurs, jongleurs…) livrent une écriture de sueur et d’encre, utilisant l’acrobatie comme catalyseur principal de leurs multiples questions. Une folle énergie mise au service d’un thème millénaire et toujours pertinent : le souvenir. Le 21 mars à 15 h et 21 h à Wolubilis.

Hands some Feet ou des pieds et quelques mains

Par amour, c’est bien connu, on en ferait parfois des pieds et des mains. Avec une douceur infinie, le duo Hands Some Feet ( Des mains et quelques pieds) semble prendre cette expression au pied de la lettre : la jonglerie de Jeromy Zwick se mêle à l’équilibre sur fil de fer de Liisa Näykki, pour former une parade amoureuse dont l’Espace Catastrophe annonce qu’elle vous fera fondre plus vite que du beurre dans la poêle. Un tango qui varie les rythmes et les couleurs, rougissant d’un baiser volé, mêlant quelques gouttes de chant à des instruments joués en live. Chaleureux comme une brise d’été, nous promet-on. Le 27 mars à 19 h à La Maison des cultures.

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