Classique, forcément classique. Et actuel, comme il est coutume de l’affirmer à chaque fois que, depuis quatre siècles, on monte Molière. A moins d’affirmer avec Patrice Mincke qu’on peut désormais jeter sur "L’Avare" un regard serein, les choses ayant considérablement évolué...

"Heureusement, note le metteur en scène, l’Homme Moderne a légiféré en matière de prêt d’argent, et il ne sera plus permis aujourd’hui à aucun usurier - courtier ou banque - de profiter de la détresse financière de certains pour leur imposer des conditions malhonnêtes. Heureusement, nous avons aujourd’hui compris que cultiver l’Avoir au lieu de l’Être ne peut mener qu’au conflit, à l’aigreur, et à la solitude."

L’ironie, on l’aura saisi, ne manque pas dans la vision de celui qui, après avoir travaillé sur plusieurs textes contemporains, a été invité par le Parc à guider - autour de l’excellent Harpagon de Guy Pion - une imposante distribution. Coproduite par le Théâtre de l’Éveil et avec l’appui du CAS, cette nouvelle production rassemble Stéphane Fenocchi (Maître Jacques), Béatrix Férauge (Frosine), Othmane Moumen (La Flèche), Freddy Sicx (Anselme), Simon Wauters, Yasnaïa Detournay, Patrick Michel, Camille Pistone et Aurélie Alessandroni.

Le répertoire plus que le miroir

Les lumières de Laurent Kaye accentuent les reliefs du décor et des costumes imaginés par Thibaut De Coster et Charly Kleinermann : le délabrement d’une demeure jadis magnifique mais usée par l’avarice du maître des lieux. Les intermèdes musicaux aux accents électropop (Laurent Beumier) soulignent sans plus d’excès que de finesse l’actualité du propos. Où donc le calcul, la possession, l’intérêt priment en toute chose. Où le maître de maison préfère son or au bonheur de ses enfants.

Il semble pourtant que, parmi les ors et les velours de la belle salle du Théâtre du Parc, le public vienne moins rencontrer un miroir de ses démons qu’un répertoire qu’il connaît bien - et soupirer d’aise en entendant les répliques de ce tube toujours plein de sens mais dont les aspérités, avec le temps, paraissent émoussées.

Bruxelles, Théâtre royal du Parc, jusqu’au 26 mars, à 20h15 (dimanche à 15h). Durée : 2h10 entracte compris. De 5 à 26 €. Infos & rés. : 02.505.30.30, www.theatreduparc.be

On notera qu’au Parc, indépendamment du spectacle mais avec pour toile de fond le décor, aura lieu le lundi 21 mars à 20h15 la lecture-spectacle "Lire et relire les classiques", avec les comédiens Brigitte Dedry et Laurent Van Wetter, et des extraits choisis du répertoire littéraire mis en voix avec sensibilité. Infos & rés.: http://www.lalibre.be/page/scene