Laurence Vielle est une auteur-poète-interprète aussi singulière qu’attachante. On se souvient de ses souvenirs familiaux si émouvants dans « Du Coq à Lasne ». Entre temps, depuis 2016, elle est notre « Poète nationale » écrivant des textes sur le pays.

Au théâtre Le Public, elle propose « Ouf », un solo au départ d’un recueil de ses poèmes, ou plutôt, un duo, car, en étroite symbiose avec elle, il y a la merveilleuse Catherine Graindorge qui crée pendant 1h20 tout un univers musical avec son violon, son alto et son électronique.

Laurence Vielle a une manière bien à elle d’être en scène : comme éberluée d’être là, fragile et forte, enfantine et profonde. Elle captive le public avec de petites histoires comme un enfant, comme Eve avant la pomme, mais des histoires faussement naïves qui s’avèrent bien plus graves qu’on ne le croit d’abord.

Sa poésie est faite de musicalité, d’onomatopées, d’humour, de réflexions, de petites scènes qui nous touchent plus ou moins fort. Elle veut repoétiser un monde qui en a bien besoin. La poésie ne sert à rien, c’est comme l’amour, sauf à vivre et à survivre.

Toctoc nucléaire

Dans « Ouf », elle s’étonne d’être là sur une Terre qui tourne à 30 kilomètres à la seconde autour du soleil. Elle est fascinée par l’eau qui est en nous, autour de nous. Et ce ciel qu’elle trouve toujours si beau. Mais elle a peur pour cette fragilité de la vie. Les tortues s’étouffent en mangeant nos sacs plastiques et dans un très beau texte, elle parle à son enfant dans mille ans qui fera toctoc avec sa pelle, ébréchant un mortel cimetière nucléaire oublié.

Elle rêve qu’on organise une journée « sans » : sans papier, sans frontières, sans barrières linguistiques et pourquoi pas, sans lendemains ni héritages pour mieux goûter le présent.

Quand elle parle sécurité, c’est pour dénoncer qu’on parle police et non plus de la sécurité sociale qui ne cesse de se déliter au nom des économies, privilégiant les tanks en rue au partage du bien-être pour tous.

Le duo Vielle-Graindorge (aidé à la mise en scène par Patricia Ide) marche ainsi sur un fil fragile comme de petits cris d’oiseaux annonçant l’aube promise. Laurence Vielle a toujours peur de tomber, de manquer d’air, que les portes claquent. Dans un fort poème, elle évoque tout ce qui passe, tout ce qu’on a passé depuis son enfance (ses diplômes, sa vie) et qui nous laisse « dépassé ». Et elle réclame le « ouf », le j’ét-ouf, de la femme fatiguée. Et pour le crier elle scande les mots et les fait chanter.


« Ouf » de Laurence Vielle au Théâtre Le Public, à Bruxelles, jusqu’au 31 décembre.