C’est un théâtre "en bonne santé" qui présentait tout récemment ses prochaines propositions. Lasaison 15-16 a passé le cap des 50 000 entrées et 3 000 abonnés. Recettes et fréquentation en hausse pour le Théâtre de Liège installé depuis octobre 2013 dans les locaux de l’Emulation transformés.

Vite devenu un nouveau repère au centre-ville, le Théâtre de Liège ouvrira sa saison 16-17 par un "Pic Nic urbain" place du 20-Août (11/9), de quoi "reconquérir un bout de bitume mis de manière festive à disposition des citoyens", sourit Serge Rangoni. Fête poursuivie autour d’"A la frite" de Claude Semal et Michel Carcan.

Le contemporain, le réel, l’imaginaire

Entre septembre et décembre se déploiera, en longue série discontinue accompagnée d’ateliers de chant, "Un arc-en-ciel pour l’Occident chrétien" de Pietro Varrasso sur des écrits du poète René Depestre. Où il sera question notamment de l’asservissement du continent africain.

Notre monde et ses travers nourrissent nombre de propositions dans cette appétissante programmation. Avec "Etats d’urgence", Vincent Hennebicq assemble deux pièces de Falk Richter émaillées de solitude, drôles et tragiques. "Que le théâtre aujourd’hui questionne les normes et les marges", voilà qui stimule Selma Alaoui. Elle adapte "Apocalypse Bébé" où, avec "l’humour mordant de Virginie Despentes", se dessine un polar aux accents tragiques, une enquête traçant"le portrait d’une société européenne à la dérive" (25/9-6/10). Complice de longue date du Théâtre de Liège, Galin Stoev monte "Les Gens d’Oz" de l’auteure bulgare Yana Borissova, avec notamment Yoann Blanc et Vincent Minne (11-15/10).

"Il ne dansera qu’avec elle", d’Antoine Laubin et De Facto, évoque le couple via une écriture de plateau et une abondante distribution (15-19/11, juste après le Varia en octobre). D’autres écritures singulières, à travers des spectacles d’abord présentés au festival XS, s’amplifient. Citons "Axe" par Thierry Hellin et Agnès Limbos et, dans le festival Emulation, "La Convivialité" et "La Course". Sans oublier la plume personnelle et évolutive d’Yves Hunstad : "L’heure et la seconde".

© Alice Piemme
(Axe @Alice Piemme)

Sujets sensibles

Le très inventif Raoul Collectif reprend "Rumeur et petits jours", et le Nimis Group "Ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu". François Sauveur, acteur et fils de médecin, sonde les questions de l’euthanasie dans "En attendant le jour". "Une thématique qui, au-delà de la morale, touche à l’humanité dans ce qu’elle a de plus profond", dit-il. Des ouvrières, les injustices qu’elles vivent, leur mobilisation : c’est la matière de "Sing my life", de Cathy Min Jung. Ils seront trois, dont Ismaël Saidi, dans "Géhenne", deuxième volet après "Djihad" de sa trilogie consacrée au radicalisme. La question du deuil articule "Io sono Rocco" de Salvatore Calcagno, créé auKunsten.

Pour Serge Rangoni, directeur du Théâtre de Liège, "on ne peut vraiment goûter à la création contemporaine qu’en prenant la mesure des classiques". Ainsi verra-t-on "Le Cid" de Corneille monté par Yves Beaunesne, ou encore, par Rémy Barché, "La Folle journée ou le mariage de Figaro" dans une version "rock’n roll et d’aujourd’hui". Tandis qu’"Ismène", "Phèdre" et "Ajax" - la trilogie des éléments de Marianne Pousseur et Enrico Bagnoli sur la poésie de Yannis Ritsos - propose une salutaire perspective.

© Céline Chariot
(Rumeur et petits jours @Céline Chariot)

Pointures et mouvement

Sans citer l’intégralité du programme, mentionnons Woody Allen monté par Michel Kacenelenbogen ("Maris et femmes"), Mélanie Laurent dans "Le Dernier Testament", Isabelle Huppert dans "Phèdre(s)", mais aussi les regards aigus de Pippo Delbono ("Vangelo") et Milo Rau ("Compassion").

On n’oubliera pas que la danse a pris au Théâtre de Liège une belle ampleur. L’Argentino-Berlinoise Constanza Macras sonde la société sud-africaine post-apartheid dans "On fire". Argentine de Bruxelles, Ayelen Parolin travaille à Séoul "Nativos", où elle met en résonance le chamanisme latino-américain et celui à l’œuvre en Corée du Sud. Claudio Bernardo s’aventure, lui, sur le terrain mouvant du pouvoir et de la virilité avec "Giovanni’s Club".

Et on n’a pas tout dit d’une saison où crépitent de potentielles étincelles.

© Sunny-side-up
(Nativos @Sunny-side-up)

---> Théâtre de Liège. Infos & rés. : 04.342.00.00, www.theatredeliege.be