“Autóctonos”, chaos debout

autoctonos
© Luc Vleminckx

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Marie Baudet

Publié le - Mis à jour le

Dans sa nouvelle création, livrée au Kunstenfestivaldesarts, la chorégraphe Ayelen Parolin creuse les disparités pour faire société. Critique.

Rafael Spregelburd (avec Transquinquennal), Mariano Pensotti, et maintenant Ayelen Parolin : l’Argentine est diversement présente au Kunstenfestivaldesarts cette année encore.

Une odeur épicée d’encens flotte dans la salle des Tanneurs où le public se presse pour la première d’“Autóctonos”, très attendue création de la chorégraphe basée à Bruxelles. La lumière se fait très progressivement sur le plateau blanc, au fond duquel apparaît une espèce de tableau maniériste, quatre figures immobiles entourant la pianiste. Peu à peu elles laissent choir leurs étranges coiffes de fleurs ou de plumes. Le mouvement s’amorce, nourri de tension, de pulsions. 

© Luc Vleminckx

Si l’on n’oubliera pas de sitôt sa création précédente “Nativos” – où quatre danseurs coréens développent, sur fond de chamanisme, une relecture des rites et des limites –, c’est à “Hérétiques” que se réfère plus nettement la pièce neuve, comme en négatif. La chorégraphe explore ici l’envers de la minutie mathématique, de la productivité et de l’efficacité forcenées. Dans un univers visuel qui navigue, grâce aux costumes de Marie Artamonoff et Coline Firket, entre la Renaissance, la boxe et la street-dance.

En livrant la même partition à Varinia Canto Vila, Ondine Cloez, Aymara Samira Parola et Sophia Rodriguez, Ayelen Parolin laisse ces formidables performeuses l’incarner, en faire chacune une matière personnelle, à l'instar d'une formation de jazz dont les membres tracent leurs chemins distincts sur la trame commune. Plus que des interprètes, ce sont des humains que l’on voit là, dans leurs débords, leurs outrances et leurs failles, l’invention et l’extraversion, la lutte pour faire leur place dans le groupe.

© Luc Vleminckx

"Un équipage volontairement éclectique qu'elle embarque dans une guerre intangible où il serait à la fois question de structure et de spontanéité, d'essentiel et de bagatelle, d'animal et de politique" 

[Olivier Hespel, collaborateur d'Ayelen Parolin pour la dramaturgie d'"Autóctonos"]

L’idée ainsi creusée – sauvage imperfection, disparités débridées – court le risque de s’autoparodier. Mais “Autóctonos” échappe vite à ce travers pour, avant tout, bousculer les sens, affirmer le fol élan du soi, voire cultiver la fuite. En somme : mettre en jeu la partie dans et malgré le tout

© Luc Vleminckx

Arrangé, caressé, malmené par Lea Petra, le piano innerve, transperce, traverse le spectacle, le pétrit et l’irrigue, lui imprime son rythme sans jamais l’emprisonner.

Quand du blanc éclatant elles virent au rose intense, les lumières de Laurence Halloy ajoutent de l’incandescence à une pièce au langage puissant et où les frontières – question transversale de cette édition du KFDA – se brouillent de plus belle.


  • Bruxelles, les Tanneurs, jusqu'au 27 mai. Dans le cadre du Kunstenfestivaldesarts. Infos & rés. : 02.210.87.37, www.kfda.be


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