"Jacques ?” – “Jacques n’est pas là ? Non, comme d’habitude.” “Vas voir dans les toilettes !” – (Troisième voix, timide, dissimulée) “Je ne suis pas prêt. Je suis tellement sensible. […] Je vous rejoins dans deux minutes.” “Allez, on est un trio. Ça va aller.” Et quel trio ! Un trio de Jacques : il y a Jacques le comédien (Nicolas Buysse) ; Jacques le trompettiste de jazz, chanteur et comédien (Greg Houben) ; et… Jacques le (farouche) pianiste (Matthieu Van), car “nous sommes tous des Jacques”.

Balade épicurienne contée, musicale et chantée

Capricieuse, la météo a contraint, mercredi soir, la petite équipe à se réfugier dans la salle des voûtes du Public. Mais, par ciel clément, c’est sur la terrasse extérieure du théâtre tennoodois – aménagée dans le cadre de son programme estival de Retrouvailles avec les spectateurs – que les trois artistes plantent leur décor bucolique (la scénographie est de Camille Tota) : une cabane, une table d’estaminet et ses deux chaises, des coffres en bois, de jolis pots de fleurs, des arrosoirs en acier, une corde à linge et, suspendu, un portrait en noir et blanc de Jacques Prévert. C’est qu’avec Jacques le trio – en style montagnard (bottines, chaussettes hautes, short et bretelles) – emmène le public pour une balade épicurienne contée, musicale et chantée sur les chemins sinueux et escarpés des vers, admirables, du poète et parolier français.

Casque audio sur les oreilles, on est immergé au cœur des mots, cristallins, de Prévert. On se prend même à fermer les yeux pour savourer tantôt un solo de trompette tantôt la déclamation d’un poème. “Dans ma maison, Il y en a qui s’appellent, Paster Noster, Pour faire le portrait d’un oiseau, La lessive, Déjeuner du matin…”, Nicolas Buysse et Greg Houben tissent leur spectacle avec tendresse et talent des plus grands poèmes de Prévert, tout en y insufflant un délicieux grain de folie, aux frontières de l’absurde. Dans l’esprit du théâtre de rue, ils n’hésitent pas à improviser et prendre le public à partie. Drôle et cocasse !

Un petit ballon de rouge, une cigarette aux lèvres, un chapeau sur la tête, ils redonnent vie à l’immense écrivain et font résonner son œuvre en la revisitant en musique et chant, sans la dénaturer. Que l’on soit fin connaisseur de Prévert ou novice, Jacques s’adresse à toutes les âmes en quête d’évasion par l’art, la pensée et les mots.

--> Bruxelles, Théâtre Le Public (en extérieur, sous réserve de la météo), jusqu’au 9 juin. Infos et rés. au 0800.944.44 ou sur www.theatrelepublic.be