Avec cette solide réalisation et Karim Barras , Michel Dezoteux clôt sa trilogie sur la folie.

Alors que l’on apprend la création mondiale, la saison prochaine à la Monnaie, de Macbeth Underworld de Pascal Dusapin dans une mise en scène de Thomas Jolly, et quelques semaines après le Macbeth monté par Georges Lini au Parc, Michel Dezoteux donne au Grand Varia sa version de la pièce écossaise.

Avec Macbeth, le metteur en scène clôt sa trilogie sur la folie, entamée avec Hamlet en 2013, et que complétait deux ans plus tard un Woyzeck de blues et de neige.


Tempo shakespearien

Michel Dezoteux, qui signe aussi la scénographie, reprend l’efficace principe utilisé déjà pour Woyzeck : des parois, portes et cages de métal grillagées. Pas de lande, pas l’ombre d’une tour crénelée, à peine un peu de brume : c’est élégant, signifiant, spectaculaire dans son dépouillement qui permet les surprises tout en conservant l’esprit même du théâtre élisabéthain – concret, sans effet de décorum.

Avec Shakespeare se pose systématiquement la question de l’historique et du contemporain. La présente adaptation est "un mélange", indique Michel Dezoteux : "On garde l’épaisseur et la particularité du langage de Shakespeare, mais on ne fait pas non plus une étude d’histoire de l’art. Ce n’est pas un musée." En parallèle, le rythme shakespearien prévaut avec une représentation enlevée, un tempo soutenu, sans langueur. Non sans noirceur.

Macbeth (Karim Barras, à l'arrière-plan) et Ducan, roi d'Écosse (Éric Castex) à qui il ravira sa couronne.
Macbeth (Karim Barras, à l'arrière-plan) et Ducan, roi d'Écosse (Éric Castex) à qui il ravira sa couronne. © Gaël Maleux

"Où en est la nuit ?"

Sans la dénaturer, Michel Dezoteux a dégraissé l’intrigue pour la livrer à huit comédiens, pour la plupart complices de longue date. À commencer par Karim Barras (dont le talent s’illustre aussi à l’écran, notamment dans la saison 2 de La Trêve), l’autre fil rouge de la trilogie puisqu’il tient le rôle-titre de chacune des pièces. Son Macbeth aux mains ensanglantées par le meurtre du roi d’Écosse se trouve enchaîné à la violence par goût du pouvoir, dans une spirale mortifère, un tourbillon de folie aussi - dans lequel sombre Lady Macbeth (Coraline Clément, toute en intensité).

Vincent Minne est un Banquo frémissant, Éric Castex un Duncan hénaurme, Baptiste Sornin un Malcolm folâtre et ricaneur, Denis Mpunga un fier Macduff. Les trois sorcières sont résumées en une (Fanny Marcq). Dans le registre général, qui ne sort que peu de la vocifération, Blaise Ludik fait figure d’exception en ses multiples rôles tampon.

Blaise Ludik, Denis Mpunga, Baptiste Sornin - à l'heure du règlement de comptes.
Blaise Ludik, Denis Mpunga, Baptiste Sornin - à l'heure du règlement de comptes. © Gaël Maleux

Solide et soignée, cette réalisation rend l’œuvre intelligible pour tous, ados inclus, sans tomber dans la facilité des effets ni surligner les échos à y lire dans notre époque socio-politiquement trouble. Chère à Dezoteux, l’esthétique rock qui l’irrigue s’assortit d’une bande-son discrètement efficace, pour créer une atmosphère où l’illusion et le pouvoir se condensent au cœur d’une nuit toujours plus épaisse.


  • Bruxelles, Varia, jusqu’au 6 avril, à 20h30 (mercredi à 19h30). Durée : 1h30 env. De 5 à 21 €. Infos & rés. : 02.640.35.50, www.varia.be