Le nouveau solo de Mercedes Dassy propage par vagues une énergie sombre et flamboyante.

Ouvrir le festival Pays de danses avec la soirée Hans Van Manen était un coup de maître : cris de joie et standing ovation ont salué le vénérable chorégraphe néerlandais et les formidables danseurs de la Companhia Nacional de Bailado qui ont remis dans la lumière trois de ses pièces à l’écriture intemporelle, élégante et jubilatoire.

Mais le Théâtre de Liège ne s’est pas contenté de répondre – d’aussi pertinente et ludique manière que ce soit – à une vibrante demande de son public avide de danse néoclassique. Après le Vooruit de Gand et avant la Balsamine à Bruxelles, il présentait vendredi et samedi, en début de soirée, la nouvelle création de Mercedes Dassy. Depuis son solo très remarqué i-Clit (prix Jo Dekmine en 2018, décerné par le Théâtre des Doms), la jeune chorégraphe et danseuse bruxelloise – cocréatrice avec Tom Adjibi du duo TWYXX, interprète entre autres pour Lisbeth Gruwez (AH/HA), Oriane Varak (As a Mother of Fact) ou Leslie Mannès (Forces) – creuse les questions connectées au féminisme et crûment ancrées dans le présent : culture pop, sexualité, engagement, consumérisme… C’est à nouveau le cas de B4 Summer, performance qui s’inscrit dans le cycle ouvert par i-Clit.


Poulie, câbles et micro surplombent le plateau, jonché de haut-parleurs et où trône un canapé. Un corps se met en mouvement, grince, glisse sur la surface luisante. La bande-son grogne, gronde, couine, feule. Le corps a quitté les surfaces pour entrer dans un sabbat délié, puissant. Et son ample costume pour un maillot de nageuse arrachée à son futur plongeon par d’insoutenables douleurs. C’est son cri à présent qui emplit l’espace, non moins animal, brutalement humain, peu à peu répercuté par les baffles épars, avant que se propage une techno sans merci.

Présence transformiste et féroce

Le corps que met en jeu Mercedes Dassy se fait – des entrailles à la carapace – le vecteur d’une pensée profuse traduite par une présence transformiste et féroce, tantôt obstinément mutique, tantôt loquace. Précédée par une juste image de "triangulation chorégraphique, politique, esthétique", cette nouvelle pièce, non sans défaut, condense puissance tellurique, extravagance ironique et suspension poétique.

L’ouverture de Pays de danses contenait aussi ce corps-là, sa rigueur, sa liberté, son cri, son audace. Un grand angle vers tous les horizons que se propose d’embrasser le festival eurégional. Débridée, iconoclaste, la présence intense de Mercedes Dassy, retrouvant les planches de la Balsamine, s’inscrit à présent dans le vaste programme de Brussels Dance.

  • Bruxelles, Balsamine, du 4 au 8 février. Infos & rés. : 02.735.64.68, www.balsamine.be dans le cadre de www.brusselsdance.eu (jusqu’au 4 avril)
  • Également à Mons, Mars, le 3 avril, dans le cadre de l’ecofestival Demain – www.surmars.be
  • Festival Pays de danses, jusqu’au 21 février – www.theatredeliege.be