L’ancien danseur étoile du New York City Ballet, aujourd’hui chorégraphe et directeur de la compagnie L.A. Dance Project, aux États-Unis, Benjamin Millepied, l’expliquait samedi dans nos colonnes  : “L’intérêt de la danse classique, ce n’est pas d’exécuter dix pirouettes, ce sont les formes que l’on fait avec son corps et comment de bons chorégraphes créent de belles architectures”. En découvrant sa nouvelle création Bach Studies en première mondiale à l’Opéra flamand d’Anvers dimanche soir, ses paroles prennent définitivement tout leur sens.

Invité par le directeur artistique du Ballet de Flandre Sidi Larbi Cherkaoui à créer Bach Studies pour sa troupe d’Anvers, Benjamin Millepied a su exploiter au mieux les prédispositions de la vingtaine de danseurs formés à la rigueur classique mais capables de s’en détacher pour s’emparer d’une gestuelle contemporaine. Bach Studies offre une palette de tableaux chorégraphiés sur Jean-Sébastien Bach, compositeur qui fascine Benjamin Millepied. Pièce phare de la première partie de Bach Studies, la Partita n °2 est jouée par le violoniste de renommée internationale Eric Crambes, “voyageant” seul sur scène parmi neuf danseurs du Ballet de Flandre. En seconde partie, la Passacaille pour orgue est interprétée par l’organiste belge Luc Ponet. Le tout avec la complicité de l’orchestre symphonique de l’Opéra flamand.

Gouttes de lumière

Sur le fond noir de la scène sont suspendus cinq tubes de lumière. Solos, pas de deux, pas de trois, pas de quatre, ensemble…, les danseurs sautent, voltigent, pirouettent, courent, s’enlacent, glissent sur le sol,… en gardant toujours un contact visuel entre eux.

© Filip Van Roe

Derrière chaque mouvement imaginé par Millepied, on devine la grâce dans les portés, le placement des bras et des mains ou encore les arabesques et pointés, et l’exigence classique – notamment dans ce trio de danseurs aux sauts, difficiles, mais d’une maîtrise époustoufflante  – à laquelle il insuffle avec génie des mouvements angulaires, des  bras, des hanches, des pieds, des jambes…, créant ainsi des compositions d’une envoûtante esthétique graphique. Un graphisme poussé jusque dans le détail de l’adéquation des mouvements avec les costumes, blancs et noirs rayés, puis unis – dessinés par le styliste italien Alessandro Sartori –, et la mise en lumière – signée du collectif londonien United Visual Artists –, avec ces tubes qui tantôt distillent des gouttes de lumière, tantôt basculent tels des métronomes. Bach est sublimé et la danse, magnifiée.

Opéra d’Anvers, du 22 au 26 mai, puis Opéra de Gand, les 2, 4, 5, 6, 7 et 9 juin. Infos et rés. au 070.22.02.02 et sur www.operaballet.be