Plongée, avec le nouveau collectif BXL WILD, dans les coulisses d’"Hamlet". Du microcosme à l’allégorie, création à la Balsamine.

Six chaises alignées, six boîtes en carton, six figurants. Un interphone grâce auquel le régisseur leur communique ses indications. Un moniteur où ils peuvent suivre ce qui se passe sur scène : la centième représentation de Hamlet par une compagnie renommée dans un grand théâtre.

Voilà planté le contexte de Backstage, l’envers du décor : un point de vue sinon neuf, du moins souvent savoureux. Que l’on songe à Silence en coulisses ou Cuisine et dépendances

On découvre d’abord une loge vide de ses occupants. L’un d’eux déboule et se change précipitamment alors que, de l’autre côté du rideau, la représentation vient de commencer. Quand tous enfin regagnent la coulisse, les reproches pleuvent sur le retardataire. Et le spectacle - Hamlet - n’en est qu’au premier acte…


Ping-pong linguistique

Tiré de la pièce du Néerlandais Oscar Van Woensel, Backstage a été d’abord adapté en flamand, puis traduit en français, pour aboutir à la version entièrement bilingue que propose BXL WILD.

Nouveau dans le paysage théâtral, le collectif s’est donné pour but, avec cette première création, de faire écho au contexte bruxellois, à commencer par le bilinguisme non seulement officiel mais vécu par beaucoup. Nous voici donc face à des acteurs néerlandophones et francophones jouant ensemble "sans s’éloigner de leur réalité bilingue, c’est-à-dire en sautant constamment d’une langue à l’autre".

De Leporello et Dito’Dito à Transquinquennal et Tristero, d’autres avant eux - collectifs également, c’est à noter - ont manié les deux langues. BXL WILD cependant revendique la particularité de ce bain où coexistent et s’enchevêtrent, jusque dans une même phrase parfois, les idiomes de la capitale.

Ce qui pourrait passer pour un prétexte sert cependant la farce : une espèce de ping-pong foisonnant, à défaut d’être toujours subtil, entre Andréa Bardos, Bernard Eylenbosch, Ina Geerts Eno Krojanker, Circé Letehm et Tomas Pevenage.

Chevronnés et pluriels

Acteurs chevronnés, les membres du jeune collectif ont pour point commun d’avoir tous des arcs à cordes multiples : théâtre, performance, jeune public, cinéma, voire danse ou musique pour certains.

Leurs personnages dans Backstage - les figurants tenant les nombreux rôles muets du drame de Shakespeare - dévoilent peu à peu leurs ambitions, frustrations, alliances, rivalités, ressentiments, complicités, déceptions. Et trompent leur peu de foi en l’entreprise à laquelle ils participent par une opiniâtre soûlographie.

Soif de reconnaissance, jeux d’influences, rumeurs de romances, dérapages en puissance : tous les ingrédients du microcosme sont là, permettant l’exercice de style (ivresse progressive, levée des inhibitions) jusqu’au dégommage en règle des rouages de la mécanique. Théâtrale en l’occurrence : microsociété allégorique de bien d’autres cadres professionnels, institutionnels, hiérarchiques.

La charge, caustique et cocasse, accuse quelques longueurs tout en assumant le rythme syncopé d’une écriture en prise sur le présent, ses phrasés populaires, son oralité têtue.

  • Bruxelles, Balsamine, jusqu’au 21 février, à 20h30 (les 17 et 21 février à 14h). Durée : 1h30. En français et néerlandais, surtitré. Infos & rés. : 02.735.64.68, www.balsamine.be
  • Namur, Jardin Passion, du 28 février au 7 mars - https://theatrejardinpassion.be/