Le ténor belge impressionne dans le dernier grand rôle wagnérien. À voir quatre soirs à l’Opéra national du Rhin.

Au panthéon pas si fourni des légendes du chant lyrique belge, Ernest van Dijck occupe une place particulière. Le ténor anversois, qui chanta notamment Tristan, Lohengrin ou Tannhäuser à la Monnaie, fut invité dès 1888 à chanter Parsifal dans le temple de Bayreuth, et y revint ensuite à plusieurs reprises. Après lui, les grands ténors belges ne furent pas légion, et ceux qui chantèrent le rôle-titre de l’ultime opéra de Wagner moins nombreux encore : on recense Marcel Vercammen, Anversois lui aussi, ou l’Athois Jean Arnold, qui le chanta pour une dizaine de représentations à la Monnaie, mais dans une traduction française. Et c’est apparemment tout.

Thomas Blondelle est un habitué des scènes allemandes

Événement donc à Strasbourg : voulue par la regrettée Eva Kleinitz (directrice de l’Opéra du Rhin prématurément disparue l’an dernier), une nouvelle production du chef-d’œuvre wagnérien permet à un ténor belge de faire dans le rôle de très prometteurs débuts. Il s’agit de Thomas Blondelle, qui fut deuxième lauréat du Concours Reine Elisabeth en 2011 (derrière la Coréenne Hong Haeran, dont la carrière est depuis beaucoup plus discrète).

Né à Bruges en 1982, Blondelle n’en est pas à ses débuts wagnériens : soliste dans la troupe de la Deutsche Oper de Berlin depuis plus de dix ans, il a chanté sur diverses scènes allemandes Erik dans Le Vaisseau fantôme, David dans Les Maitres-chanteurs ainsi que Froh ou Loge dans L’Or du Rhin. Mais le rôle-titre de Parsifal est évidemment d’un autre niveau, avec une endurance et des exigences supérieures.

Si la production du metteur en scène Amon Miyamoto ne fait pas l’unanimité, l’incarnation du ténor belge est unanimement saluée par la presse française, alors même qu’il souffre d’un refroidissement. Sur le site Toute la culture, on lit : "Thomas Blondelle recueille une salve d’applaudissements lors des saluts. Quelle prise de rôle ! Le ténor parvient à saisir l’évolution de Parsifal : adolescent juvénile et pataud au premier acte, la naissance d’un vrai héros durant l’acte II se confirme au dernier acte. La voix est projetée, sans aucune entrave."

Le respecté Richard Martet écrit dans Opéra Magazine : "Comme tous les ténors lyriques, Thomas Blondelle n’a pas tout à fait le métal dans l’aigu ni la robustesse du médium nécessaires ici, comme le révèlent quelques traces de fatigue au III. Mais le chanteur belge compense par un timbre à la fois singulier et prenant, un engagement de tous les instants, ainsi que de remarquables dons d’acteur."

À voir encore à Strasbourg les 4 et 7 février et à Mulhouse le 21 et le 23 ; www.operanationaldurhin.eu