"System failure”… Deux mots qui s’affichent en vert sur un écran numérique.

Dans la pénombre, un chandelier scintille. Nous sommes en 1603 dans le petit village, pauvre et oublié en ces rudes temps d’Inquisition espagnole, de Copertino dans Les Pouilles en Italie. Une femme accouche d’un petit Joseph – Joseph Desa. Mais l’enfant s’avère simple d’esprit, maladroit, innocent et rêveur. Il est d’ailleurs surnommé Boccaperta, bouche ouverte en italien, en référence à son air ahuri. Pour autant, Joseph n’est pas un idiot du village comme les autres : il est doué de lévitation. Devenu prêtre non sans peine, il sera canonisé en Saint-Joseph de Cupertino.

Quatre siècles plus tard, nous sommes à Cupertino, fief californien de la Silicon Valley et siège d’Apple, haut lieu de la technologie numérique. Le lien entre ces deux espaces-temps ? La petite ville américaine a été baptisée Cupertino au XVIIIe siècle en hommage à… Saint-Joseph de Cupertino. C’est en apprenant cette “anecdote” dans la presse qu’Emmanuel Texeraud, auteur et metteur en scène au sein de la Cie Fitzcarraldo, “commence à rêver, raconte-t-il, d’une rencontre entre Saint-Joseph et une intelligence artificielle nommée Chiara, entre une idiotie authentique et une intelligence synthétique”.

Clairs-obscurs et Vermeer

De ce rêve, Emmanuel Texeraud en a conçu une pièce, Boccaperta ! Le récit s’ancre au XVIIe siècle. Avec ses clairs-obscurs et son décor à la Vermeer, la scénographie, signée Didier Payen, rend parfaitement l’atmosphère d’une époque difficile pour les petites gens où la faim tenaille les corps et où la religion est omnipotente. Alors que le spectateur découvre la vie de Joseph (interprété par Gaëtan Lejeune), méprisé de tous puis adulé par le peuple avant d’être malmené par les autorités religieuses, Chiara (incarnée par Aline Mahaux) observe, esprit silencieux glissant au gré de son songe de part en part de la scène.

Joseph meurt. Le public est projeté au XXIe siècle. Changement d’ambiance, de lumière (orchestrée par Caspard Langhoff) et de costumes (de Charlyne Misplon). Chiara est en couple avec un certain… Joseph et enceinte. Ou quand l’intelligence artificielle s’éprend de la bêtise humaine. Ou quand l’intelligence artificielle échappe à la maîtrise de l’homme.

Boccaperta ! présente un propos original, frisant le grotesque (mais assumé) et crée la réflexion quant au concept de l’intelligence – comment la société perçoit-elle et contrôle-t-elle les sur- et sous-intelligences. Néanmoins, la pièce apparaît comme un enchevêtrement confus d’idées, de scènes et de dialogues dont il est difficile de tirer le fil pour en comprendre l’essence et en saisir toute la cohérence.

Bruxelles, Grand Varia, jusqu’au 23 novembre. Infos et rés. au 02.640.35.50 ou sur www.varia.be