Scènes

Il y a un souvenir, vif ou diffus, de "Bonne nuit les petits", dans bien des caboches de mioches devenus adultes depuis plus d’un demi-siècle. La série télévisée culte, créée par feu Claude Laydu en 1962 pour la RTF (pour Radiodiffusion-télévision française), a en effet marqué les esprits de deux ou trois générations d’enfants émerveillés puis assoupis par ses grains de sable féeriques.

Aujourd’hui, c’est le fils, Jean-Baptiste Laydu, qui conduit le fameux nuage. A la maison, il s’en souvient, la peluche était membre à part entière du foyer. "Nounours et sa tribu occupaient une grande place. Ma sœur Dominique et moi avons baigné depuis toujours dans l’univers de ‘Bonne nuit les petits’. Le Nounours de la télévision, l’original, était posé sur un meuble dans ma chambre. Je le vois encore, si volumineux pour moi qui avais deux ans à l’époque. Je lui parlais, lui racontais mes journées, comme à un copain."

Inspiration germanique

Si elle affiche plus de cinquante ans d’existence cathodique au compteur, la marionnette star demeure un Nounours fringant. C’est le nom qu’il garda finalement après s’être appelé Gros Ours pendant plus de dix ans. Le pitch, lui, est resté inchangé. L’ours descend de son nuage pour rendre visite aux enfants quand arrive l’heure de se coucher, leur souhaite une douce nuit et demande à Ulysse, le marchand de sable, d’en jeter une poignée dans les airs, avant de repartir sur un air de flûte devenu légendaire. C’est de la télévision est-allemande que Claude Laydu - comédien suisse (né à Bruxelles) qui avait acquis une certaine notoriété grâce au "Journal d’un curé de campagne" de Robert Bresson - s’inspire au début des années soixante. Tous les soirs juste avant le JT, en guise de coupure pour mener les enfants au lit, la Deutscher Fernsehfunk diffuse "Das Sandmännchen" ("Le Petit Marchand de sable"), qui met en scène une marionnette et deux fillettes (dont la future Nina Hagen, pour l’anecdote).

Nounours 2.0

C’est ainsi que la France a vu l’ours. Pour plus de 847 épisodes toutes saisons confondues. De 1962 à 1973, en noir et blanc d’abord, sur la RTF. Ensuite, sous une autre forme, racontant la vie de Nounours, sur TF1 de 1973 à 1980. Puis sur Antenne 2 (devenue depuis France 2) de 1994 à 1997, avant France 5 et la chaîne pour enfants Gulli. S’il est pour l’instant absent de la petite lucarne, son retour y est espéré ardemment par ses fans. Un grand sondage de TV Mag, réalisé en octobre dernier, plaçait d’ailleurs "Bonne nuit les petits" en quatrième position des émissions les plus cultes pour les Français. A ce sujet, Jean-Baptiste Laydu est optimiste et confie que "cela a été à un demi-poil de grenouille de se faire à deux reprises déjà".

Page Facebook, chaîne Youtube, épisodes spéciaux en DVD, bande dessinée… Nounours est plus que jamais un grizzly branché, qui n’eut de cesse de s’adapter à son époque et d’évoluer au fil des années. De se diversifier aussi. Ainsi, outre la télé, Nounours sort deux CD et découvre la bande dessinée ("La Tête dans les nuages", éd. Orep) sous les coups de crayon de Régis Hector. Un second tome sortira en avril prochain.

Chansons inédites

Enfin, en avril 2015, les personnages de "Bonne nuit les petits" montent pour la première fois sur scène au théâtre Saint-Georges à Paris, dans un spectacle de Christine et Jean-Baptiste Laydu intitulé "Gros Nounours et le sac aux trésors", mis en scène par Michel Manini, réalisateur de l’émission dès sa seconde saison. Un rêve de famille qui prend vie. "C’était une envie de mes parents depuis toujours, raconte le fils Laydu. Ma mère et moi avons écrit le spectacle sous l’impulsion d’un ami, Didier Vanhecke, aujourd’hui à la tête de Divan Production mais marionnettiste de ‘Bonne nuit les petits’ à 19 ans". Le résultat oscille entre comédie musicale, avec des chansons inédites écrites par Patrick Bousquet (jadis parolier d’Annie Cordy), et Guignol, pour l’interactivité avec le public. A découvrir du côté de Valenciennes le 17 février et, le clan Laydu l’espère, bientôt en Belgique.Nicolas Capart

Théâtre d’Anzin (près de Valenciennes), le mercredi 17 février dès 15h. A partir de 2 ans. Prix : 15€/25€. Infos : www.ville-anzin.fr ou www.divan-production.com.