Faustin Linyekula, Lia Rodrigues mais aussi Anna Rispoli et d’autres : les artistes du Kunsten questionnent l’engagement.

Difficile, à suivre le Kunstenfestivaldesarts, de soutenir que l’art ne serait pas politique. Congo de Faustin Linyekula fait entendre le magnifique récit que fait Éric Vuillard (prix Goncourt 2017 pour L’Ordre du jour) des débuts du Congo, quand les grandes puissances se partageaient l’Afrique à Berlin et attribuaient à Léopold II, comme sa propriété privée, un territoire grand comme 80 fois la Belgique.

Regarder le passé, construire un avenir

Avec des détails révélateurs, il décrit les ambassadeurs dans le palais de Bismarck puis plonge au Congo avec les exactions des premiers administrateurs de Léopold II pour asseoir leur domination (villages brûlés, mains coupées…). S’il faut replacer ces événements dans leur contexte, il ne faut pas refuser de les voir : se partager l’Afrique comme une chasse aux trésors et s’y installer de force pour l’exploiter était un crime.

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© Agathe Poupeney

Deux heures et quart de spectacle, avec un excellent acteur qui raconte le livre, une chanteuse, et lui-même dansant. Le danseur, metteur en scène et chorégraphe franco-congolais Faustin Linyekula y ajoute des moments d’émotion pure quand la femme devenue corps de l’Afrique hurle, ou lorsqu’il projette le visage de ces enfants noirs.

Entendre cette histoire si européenne de la bouche des Congolais est déjà bouleversant et devrait être vu par tous, pas par repentance mais pour enfin regarder notre passé commun et bâtir un avenir. Peut-on encore conserver un boulevard Wahis ?

Danse, transe, orgie collective, carnaval coloré

Fúria de la chorégraphe brésilienne Lia Rodrigues est une explosion d’énergie, une heure de danse, transe, orgie collective, carnaval coloré sur la musique fiévreuse des Kanaks de Nouvelle-Calédonie. Les neuf danseurs forment des chars de rois et de reines avec les bouts de ficelle des favelas. 

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© Sammy Landweer

Le public les a longuement ovationnés tandis que, à la fin du spectacle, ils sortaient les affiches réclamant toute la vérité sur l’assassinat par deux policiers, il y a un an, de l’activiste conseillère municipale de Rio Marielle Franco née, comme les danseurs, dans la favela de Mare et fort engagée contre le racisme et l’homophobie.

L’écoute active pour désagréger les tabous

"Ce qui m’intéresse, ce sont les communautés temporaires, contingentes, spontanées ou, en tout cas, pas autoproclamées", exprimait Anna Rispoli dans Le Temps que nous partageons (2015, coédition du Kunstenfestivaldesarts et du Fonds Mercator). Basée à Bruxelles, l’artiste - dont les performances et interventions urbaines interrogent transversalement l’espace public et la société civile - entend faire de la communauté urbaine "un concept nouveau, flexible, […] nécessaire pour garder souple notre prédisposition au partage".

Ainsi en va-t-il du projet au long cours mis sur pied par le Kunsten avec The Class, et dont Close Encounters est l’un des résultats. Une trentaine d’élèves de deux écoles (une francophone, une néerlandophone) ont, au fil d’ateliers, creusé le sujet - si cadenassé chez les ados - de l’amour. Des échanges ont germé, des discussions se sont construites. Et huit conversations sélectionnées sont livrées, en face à face, à l’écoute et à la voix d’un élève et d’un spectateur. 

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© Bea Borgers

Une expérience singulière par les liens qu’elle suscite, retisse ou révèle, tant dans l’élaboration du projet que dans l’instant de sa transmission, bouleversante de simplicité, où la distance de fait se mue en échange. Où la règle donnée se dissout dans l’horizontalité du regard et du verbe.


  • Kunstenfestivaldesarts, Bruxelles (divers lieux), jusqu’au 1er juin. 
  • Centre du festival (billetterie, point de rencontre, bar, resto, fêtes…) à Recyclart, 13-15 rue de Manchester. 
  • Infos, programme complet, rés. : 02.210.87.37 - www.kfda.be