Création d’un objet lyrique non identifiable signé Stéphane Arcas et Baudouin de Jaer. À la Balsamine, avec Ars Musica.

"Elle est où, la pensée ?" C’est une vraie question, y avez-vous déjà songé : où se "situe" réellement, physiquement, géographiquement, la "pensée" ? On répondra quelque chose du genre : au-dessus des yeux et entre les oreilles, parce qu’on imagine, sans jamais l’avoir vue, que la pensée se situe dans le cerveau, mais rien n’est sûr….

La question est posée par une ravissante infirmière (Sarah Théry, mezzo, la diva du plateau), tombée de nulle part, au héros involontaire de l’affaire (l’excellent comédien Nicolas Luçon) avant qu’un coup de foudre les précipite tous deux dans un ailleurs intemporel – une morgue aux lumières mordorées (forcément) – où la première prépare une intervention très spéciale sur le second (nu comme un ver sur la table de dissection), en commençant par le talquer de la tête aux pieds (tout comme Castellucci enjoignit Jeanne de le faire pour elle-même, la veille, à la Monnaie), car, quoiqu’indique son incessant bavardage, le jeune homme est mort, archimort (la suite à la scène).


Avec Ce qui vit en nous, troisième acte d’un triptyque ouvert avec La Forêt, le metteur en scène, écrivain et plasticien Stéphane Arcas et le prolifique Baudouin de Jaer, ici compositeur, signent une sorte de délire surréaliste et post-mortem où la parole dite l’emporte de loin sur la parole chantée (et donc plus proche du mélodrame que de l’opéra – ceci à titre d’indication pour le lecteur, car qu’importent ces distinctions pour des maîtres d’œuvre jonglant avec l’éternité) ; où les neuf musiciens de l’Ensemble Besides, placés sur scène (à jardin) et finement dirigés par Martijn Dendievel sont inclus organiquement dans l’action ; où la musique – intermittente – se répartit entre tutti explosifs, sérénades madrigalesques et récitatifs très légèrement accompagnés ; et où l’écriture vocale se maintient dans un registre proche de la voix parlée et aussi peu lyrique que possible. Tout cela est bizarre, mais sensible, souvent drôle, et en définitive très vivant, c’est le but.

Avec encore le ténor Xavier de Lignerolle et le baryton Thomas Van Caekenberghe.

En partenariat avec Ars Musica.

  • Bruxelles, Balsamine, les 8 et 9 novembre, à 20h30. Infos & rés.: www.balsamine.be ou 02.735.64.68.