Aller chercher les enfants là où ils sont, en classe ou dans la cour de récré, pour un instantané chorégraphique… Oser l’intériorité pour mieux exorciser l’animalité qui régit les danseurs, Miko Shimura et Julien Josse, s’approcher, sans le craindre du (jeune) public pour qu’à son tour il croit familière la danse contemporaine… Telle est l’audacieuse et délicate démarche de Caroline Cornélis, chorégraphe minutieuse qui explore sans cesse de nouvelles matières. 

Après Stoel, jubilatoire en diable, qui voyait les artistes danser avec les chaises, ou 10:10, en référence déjà à l’heure de la récré, voici Close Up, face-à-face intime, partage d’espace sensoriel et retenu, qui fascine et envoûte, porté par un fond sonore entre bruits d’oiseaux ou de filins d’aciers, ressacs et souffle de vent. Étrangers l’un à l’autre, saccadés d’abord, les artistes rejoignent le tapis moelleux pour empoigner sa sensualité et mieux se retrouver en une sarabande de touché-coulé pour mieux s’apprivoiser. Élégant comme exigeant, Close Up vous enveloppe, et rarement, sans doute, les enfants auront eu aussi peu envie de quitter leur classe. Sortis du cercle, les artistes laissent en leur sillage le parfum de leur présence et l’on ne peut s’empêcher de songer à Work/Travail/Arbeid, l’expérience d’Anne Teresa De Keersmaeker, en 2015 au Wiels. En temps normal, cette proposition se poursuit, en outre, par une discussion de trente minutes avec les élèves, que nous n’aurons pu voir ici, aux Rencontres de Huy.

Rencontre et tendresse

Mouvement toujours, côté cirque contemporain, et plus linéaire cette fois, mais très rafraîchissant, Hand some feet de Meri-Näykki et Jeromy Zwick, fraîchement sortis de l’Esac (École supérieure des arts du cirque). Quelques notes de Kantele, instrument à cordes traditionnel finlandais, trois balles de jonglage, une certaine immobilité de la musicienne versus l’agilité nerveuse du jongleur, une Finlande, si loin de l’Australie, nichée là-bas en dessous du globe terrestre, deux êtres que tout pourrait séparer s’il n’y avait cette rencontre, évidente et touchante qui se fera sur le plateau, voire, dit-on, en coulisse. Mais cela, c’est une autre histoire… Quoique… Leur attirance transpire sur scène, son envie de l’approcher, de l’entourer de ses balles de jonglerie, d’agiter ses bras ballants pour qu’elle entre dans la danse après avoir tiré le fil de l’équilibre. Une création qui frise parfois la succession de numéros mais qui dégage une tendresse énergisante.L.B.