Un salon cossu donnant sur une serre-jardin vitrée. Deux couples d’amis – Pacarel (et sa fille Julie) et Marthe, et le docteur Landernau et sa femme Amandine – ripaillent, canard et champagne au menu. Fier de s’être “enrichi dans la fabrication du sucre par l’exploitation des diabétiques”, Pacarel souhaite s’enorgueillir davantage et annonce “une surprise” : faire jouer à l’Opéra de Paris l’opéra que sa fille Julie a créé. Pour le chanter, il souhaite faire venir de Bordeaux “un ténor merveilleux”, un certain Dujeton. Il envoie un télégramme à son ami Dufausset, qui est à Bordeaux, lui enjoignant d’engager ledit ténor et de le faire venir à Paris.

Et c’est là que tout le quiproquo démarre. Un jeune Bordelais débarque bien chez Pacarel. Celui-ci le prend pour le ténor Dujeton alors qu’il s’agit en fait du fils de Dufausset venu étudier le droit à Paris… De cette méprise va découler une série de joyeuses incompréhensions, de chassés-croisés,… qui créent un énorme et drôlissime imbroglio.

À l’approche des fêtes de fin d’année, Cécile Van Snick, directrice du Jean Vilar, s’est emparée de ce classique de Georges Feydeau pour en offrir une version teintée de modernité. Vaudeville en trois actes, Chat en poche est créé à Paris en 1888 au Théâtre Dejazet. Il s’agit de la deuxième pièce longue de Feydeau (après Un Tailleur pour dames en 1887). Avec 36 représentations, la pièce est, dans un premier temps, un échec. Il faudra attendre le succès de Monsieur chasse ! en 1892 pour que Chat en poche gagne en reconnaissance et soit considérée comme l’une des œuvres majeures de l’auteur.

Un cadre intemporel

Alors que la pièce s’ancre originellement dans l’ambiance bourgeoise de la fin du XIXe siècle, Cécile Van Snick a choisi, à bon escient, de faire évoluer l’histoire dans un cadre intemporel. On comprend aisément que les protagonistes sont issus d’un milieu aisé, mais sans pour autant identifier l’époque. Et ça fonctionne grâce à une scénographie élégante ainsi que des costumes aux couleurs chaudes et aux coupes contemporaines signés Lionel Lesire. Mais cette reprise ne serait pas une réussite sans l’excellente distribution de comédiens : Arthur Marbaix (Dufausset), Bernard Sens (Pacarel), Stéphane Stubbé (Landernau), Marie Avril (Marthe), Julia Le Faou (Julie), Laurence Warin (Amandine), Frédéric Lepers (Tiburce, le majordome) et Quentin Minon (Lanoix de Vaux, le fiancé de Julie). Fin, drôle, cocasse et plein d’esprit, ce Chat en poche fait que vous ne serez pas déçu de la marchandise.

Louvain-la-Neuve, Jean Vilar, jusqu’au 11 décembre ainsi que du 29 au 31 décembre. Infos et rés. au 0800.25.325 ou sur www.atjv.be