© D.R.

Scènes

Choc de clichés sur un plateau

Camille de Marcilly

Publié le - Mis à jour le

Depuis une dizaine d’années, Guy Theunissen s’intéresse à l’Afrique subsaharienne et crée des liens artistiques et humains. Son amitié avec François Ebouele, comédien camerounais, fera d’ailleurs l’objet d’un projet théâtral intitulé d’après un célèbre proverbe africain "Celui qui se moque du crocodile, n’a pas traversé la rivière" début 2012, à la Vénerie. De ces rencontres qui le bouleversent, Guy Theunissen en extrait des interrogations qui résonnent dans le cœur des spectateurs et mettent en perspective l’histoire douloureuse de deux continents. Après "L’Initiatrice", présentée en 2009 au Théâtre Le Public, le metteur en scène propose un "Georges Dandin in Afrika" qui n’est pas une simple transposition de la courte pièce de Molière (1668) mais l’histoire d’un metteur en scène belge qui tente de monter ce spectacle en Afrique avec une distribution "en noir et blanc" Les dialogues sont respectés et l’histoire d’un riche paysan marié à une jeune aristocrate désargentée qui le trompe et l’humilie n’est pas adaptée mais les clichés racistes de la colonisation sautent aux yeux des comédiens africains. Impossible de s’agenouiller et de demander pardon à une Blanche, impossible d’évoquer une "appartenance"

Sur le sol, la terre rouge de l’Afrique, une tringle de costumes du XVIIe siècle parfois incongrus et des panneaux de tôles raccommodées. Entre les répliques, les proverbes et exclamations africains fusent, éclairant l’œuvre de Molière et ses luttes de classe, rapports dominés-dominants, maîtres et valets, peuple et aristocratie, égalité homme-femme La bêtise de certains personnages éclate tandis que la candeur des autres s’efface au profit du calcul.

Les comédiens, pleins d’énergie, donnent littéralement vie au spectacle qui aurait pu se révéler laborieux tant les interruptions dans la représentation du "Georges Dandin" sont fréquentes. Musique et danse entrecoupent les séquences nous plongeant au cœur de la chaleur africaine. La distribution fonctionne à merveille, Guy Theunissen interprète un Monsieur de Sottenville ridicule transportant son escabeau à chaque déplacement et se faisant dépasser d’une tête par Patricia Ide en Madame de Sottenville, mère de la jeune aristocrate. François Ebouele incarne Georges Dandin avec élégance tandis que Sophie Jonniaux, en Angélique, forme un duo malicieux avec Virgile Magniette, en séduisant Clitandre. Mais c’est sans doute le couple de serviteurs, Babetida Sadjo, Claudine, et Etienne Minoungou, Lubin, qui insuffle le plus d’énergie.

Difficile d’apporter des réponses aux mille questions soulevées lors de ce "Georges Dandin in Afrika" mais, posées intelligemment, elles poursuivent le débat sur le poids du passé de manière originale.

A lire également

Facebook

Cover-PM

cover-ci